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Interview

Alfred Vidal-Madjar : « Une fois qu’on aura réussi à aller sur Mars… »

Muriel de Véricourt

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Alfred Vidal-Madjar : « Une fois qu’on aura réussi à aller sur Mars… »

Spécialiste des planètes extrasolaires, l’astrophysicien Alfred Vidal-Madjar n’hésite pas à s’aventurer hors de son pré carré pour s’intéresser au devenir de l’humanité, appelée, à son avis, à essaimer dans tout l’univers. Rencontre avec un scientifique qui ne craint pas les hypothèses audacieuses.

Pourquoi avez-vous écrit Où allons nous vivre demain ?

Un peu par accident. Tout est parti d’un premier ouvrage que j’avais préparé avec une artiste calligraphe. J’y détaillais les endroits où il serait envisageable de s’installer sur différentes planètes. Nous n’avions pas trouvé d’éditeur. Finalement, ces textes retravaillés figurent dans Où allons-nous vivre demain. Ils suivent une première partie dans laquelle j’ai développé, sur le conseil de mon éditeur, la raison pour laquelle nous serons poussés à quitter la Terre. A savoir, la croissance démographique.

 
Et si rien ne nous poussait dehors, irions-nous tout de même ?
 
Oui. On irait poussés par la seule curiosité. Un moteur très puissant ! Pour moi qui suis chercheur, en particulier, mais aussi pour l’humanité, qui passe son temps à vouloir comprendre. Donc quand on saura se rendre sur Mars et au-delà, il n’y a aucune chance qu’on ne le fasse pas, c’est trop tentant ! D’autant plus que ce genre de campagnes a des retombées considérables. [Voir à ce propos notre dossier complet « Espace, des innovations tombées du ciel », ndlr]
 
N’y a-t-il pas des verrous technologiques à de tels voyages ?
 
Pour aller sur Mars, ce qu’on sait faire aujourd’hui suffit, c’est une question de moyens. Ce qui constituera peut-être un défi –mais je suis sûr qu’on le surmontera- c’est de pouvoir vivre longtemps en vase clos et aussi de garder une autonomie opérationnelle, d’avoir de quoi se nourrir et se déplacer. Et une fois qu’on aura réussi à aller sur Mars, les autres voyages seront à portée de main. Il faudra sûrement des piles à combustible qui marchent mieux, plus longtemps, ou encore des panneaux solaires plus grands et plus efficaces…rien d’infaisable. La vraie question sera celle de la volonté politique et économique.
 
Contrairement à vous, vos collègues Roger-Maurice Bonnet et Lodewyk Woltjer doutent que l’humanité quittera la Terre.
 
Nous avons déjà eu cette discussion avec Roger-Maurice Bonnet (nous avons travaillé dans le même laboratoire pendant des années). Lui affirme qu’un voyage comme ceux que je décris coûterait trop cher et rencontrerait trop d’obstacles. C’est peut-être vrai dans une perspective de court terme. Mais comment imaginer de quels progrès technologiques l’humanité est capable ? Projetez-vous 1000 ans en arrière. En 1009, il n’y avait ni voiture, ni avion ! Or nos progrès sont non seulement spectaculaires, mais aussi de plus en plus rapides.
 
De toutes façons, quel que soit le temps nécessaire à cette migration dans l’espace, ça ne change absolument rien à la discussion que je propose. J’ai essayé de le faire comprendre en insérant dans ce livre un calendrier cosmique. Le principe ? Ramener l’âge de l’univers à une année. Si l’on fait ça, on s’aperçoit que la Terre et le soleil apparaissent mi septembre…et qu’il faut attendre le soir du 31 décembre pour voir apparaître l’espèce humaine.
 
La Nasa a parlé de retourner sur la lune en 2020-2025 et d’aller sur Mars en 2050. Ce qui est important, c’est de se rendre compte que ces échelles de temps n’ont aucune importance. Même si c’est 2100, 2500 ou 3000, on est toujours…2 secondes après minuit !
 
Dans votre ouvrage, vous évoquez le fameux paradoxe de Fermi…
 
Je reprends son interrogation : si des civilisations extraterrestres technologiquement avancées sont apparues dans tout l’univers, certaines d’entre elles devraient déjà avoir trouvé le moyen de venir jusqu’à nous. On peut donc se demander, comme le savant italien : mais où sont-ils donc ? Puisqu’ils ne sont pas là, force est de constater que nous sommes seuls. Ou bien, de façon plus pessimiste, on peut supposer que la vie est apparue ailleurs mais que toutes les sociétés sont soumises à une intense croissance démographique et que celles qui auraient pu migrer se sont éteintes avant, ayant épuisé leurs ressources naturelles.
 
Votre domaine d’expertise est l’observation des planètes…S’aventurer comme vous le faites sur le terrain de la démographie prédictive, ou prophétiser des voyages interstellaires dans des milliers d’années, est-ce bien sérieux ?
 
On peut parfaitement faire de la futurologie en s’amusant, même si on sait qu’on dit sans doute des bêtises. Il faut le savoir : la recherche et la science consistent à énoncer des choses fausses, mais le plus proches possible de ce qu’on peut imaginer d’après l’état de nos connaissances. De toutes façons, c’est en se trompant qu’on progresse ! Et à mon avis, le plus souvent, on se trompe en minimisant les conséquences des progrès, plutôt que l’inverse.
 
Propos recueillis par Muriel de Vericourt
 
Pour en savoir plus :
 
Où allons-nous vivre demain ?, par Alfred Vidal-Madjar, Editions Hugo & Cie

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