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La semaine de Jean-François Prevéraud

Adobe au cœur du PLM

Jean-François Preveraud
Depuis que l’éditeur d’Acrobat a inclus la 3D dans son offre, il est devenu un acteur incontournable du PLM. Pour bien marquer son territoire, il a organisé un Adobe Engineering Forum où les plus grands industriels français sont venus témoigner de l’utilisation de ses logiciels dans le cadre de leur processus de développement de produits.

Peu d’éditeurs dans le domaine de la gestion du cycle de vie produit (PLM) peuvent se targuer d’être au cœur des processus de développement d’Airbus, de Valéo, d’Alstom Transport, de Veolia, de PSA Peugeot Citroën, de Sanofi-Aventis, de Mecelec ou de NH Industries. C’est pourtant ce que vient de faire Adobe en les réunissant pour témoigner lors d’un Engineering Forum, qui a rassemblé plus de 200 industriels.

« 80 % des entreprises estiment que le libre échange d’informations durant leur processus de développement de produits nouveaux pourrait réduire significativement leurs coûts et leurs délais. Mais elles affirment aussi qu’elles rencontrent des problèmes pour mettre en place de vraies plates-formes collaboratives, capables de gérer la diversité des informations et de démocratiser leur accès, tout en protégeant leur contenu intellectuel, tant dans l’entreprise que vers ses partenaires », estime en préambule Christophe Marée, responsable marketing entreprise d’Adobe France.

Des propos largement partagés par Denis Debaecker, consultant senior du cabinet Vinci Consulting, venu présenter les enjeux de l’ingénierie collaborative : « Afin de résister à une concurrence toujours plus forte, les industriels doivent devenir plus agiles. Pour cela, il faut qu’ils mettent en place une Design Chain beaucoup plus collaborative, faisant largement place à la co-conception et à l’Open Innovation. La maîtrise des flux de la Design Chain sera le différentiateur », affirme-t-il.

Malheureusement force est de constater que les querelles de chapelles internes et les points de vue différents des multiples acteurs du processus de développement de produits conduisent souvent à mettre en place des systèmes complexes et fractionnés, qui limitent fortement la communication. Bien souvent les utilisateurs sont tiraillés entre un ERP, bien mal adapté à la gestion des ‘‘données mouvantes’’ d’un produit en cours de développement, et l’utilisation d’un tableur Excel. Bref la communication est souvent plus système que métier.

Des outils pragmatiques et souples

« De plus, l’expérience montre que les utilisateurs font bien souvent peu confiance au système informatique de l’entreprise pour la recherche d’informations, préférant souvent le recours au ‘‘système humain’’ (réunions, téléphone, fax, mail…). L’évolutivité des données est donc souvent mal maîtrisée ». Parmi les leviers de gain, Denis Debaecker évoque la mise en place de systèmes d’information pragmatiques et souples, limitant les effets de barrière actuels, ainsi que la refonte en profondeur des process de développement technique, afin de les simplifier.

« Les conditions de la pérennité des entreprises évoluent vite et deviennent impossibles à prévoir à moyen terme. Il faut donc leur donner les moyens de gagner en souplesse pour s’adapter vite. Et comme les bonnes idées sont partout dans l’entreprise, la mise en place d’environnements de développement collaboratif est devenue indispensable ». Mais le consultant insiste aussi sur la nécessité d’adapter les exigences de ces environnements à ce que les utilisateurs et les organisations sont capables de s’approprier.




Christophe Marée insiste aussi sur la perte de temps importante pour récupérer et distribuer les bonnes données au bon format au bon moment au bon destinataire sur le bon support. Il faut dire que l’information émane de multiples sources et se présente sous de multiples formes (Information produit : maquette numérique ; plans de détails ; méta-données…  Information projet : tableau de pilotage du projet ; diagramme de Gantt ; chiffrages…  Information process : fiche au poste ; implantation ; supervision de la production…  Information commerciale : configurations ; documentation technique ; brochures…). Le tout dans un contexte de collaboration sécurisée d’entreprise étendue. Autre problème pointé, la taille des fichiers natifs qui sont souvent trop volumineux pour être échangés rapidement.

Adobe voit là un fabuleux marché sur lequel il est déjà fortement présent avec ses technologies, notamment de consultation. « Le PDF est déjà présent sur plus de 92 % des ordinateurs et Flash sur plus de 98 % des ordinateurs connectés à l’Internet. Globalement ces technologies sont déployés sur plus de 700 millions de PC et 900 millions de terminaux dans le monde », estime Christophe Marée.

Une offre qui s’est aussi étendue au 3D et à la gestion du contrôle d’accès aux informations, avec l’arrivée des logiciels de création et de communication Acrobat Connect Pro et LiveCycle.

EADS généralise Acrobat Pro Extended

Une stratégie qu’ont déjà choisi un certain nombre de grands industriels. Ainsi Jean-Luc Jarrige, A350 DMU Process Integrator chez Airbus, est venu expliquer le choix d'Acrobat Pro Extended comme outil de visualisation léger par le groupe EADS.

« Le PLM est pour nous la manière de gérer l’ensemble du cycle de vie d’un produit de sa conception à son recyclage, en passant par sa production et son utilisation en service. Le PLM intègre les gens, les données, les process et les systèmes commerciaux, afin d’être la colonne vertébrale informelle des compagnies et de leurs partenaires. C’est pourquoi le PLM requiert une harmonisation des méthodes de travail, des process et des comportements ». L’utilisation comme maître modèle de la maquette numérique, réalisée à l’aide de Catia V5 de Dassault Systèmes, See-XP de IGE+XAO et gérée par Enovia VPM, est au cœur du succès du programme A350 et de l’entreprise étendue qui se met en place autour. D’où la nécessité de disposer d’outils de visualisation et de communication légers.

L’EADS Collaborative 3D Design Task Force, qui harmonise toutes les activités CAO du groupe, a publié en début d’année un mémorandum décrivant ce que devait être outil de visualisation léger. Il doit être disponible sur un PC ne disposant pas de licence Catia. Il peut être connecté au système de GDT pour visualiser des données allégées préparées en mode batch. Il peut être utilisé interactivement pour générer des données destinées à être envoyées par mail ou utilisées en réunion sans être connecté au réseau EADS.
 



Ce document a servi de base à une campagne de test de différents outils du marché et finalement c’est Acrobat Pro Extended qui a été retenu, face aux outils proposés par Dassault Systèmes et PTC. Une solution qui est en cours de recette et qui va être déployée chez les partenaires dans l’été. EADS envisage maintenant l’utilisation de LiveCycle ES pour intégrer le PDF dans la GDT, même si cette intégration accroît fortement les investissements et la complexité de la solution globale. La décision de lancer des projets pilotes d’ici la fin de l’année devrait être prise prochainement.

Valéo opte pour Adobe Reader

Le groupe Valéo développe des composants, des modules et des systèmes intégrés pour l’automobile. « C’est 9 branches industrielles, 12 réseaux fonctionnels, 120 lignes de produits et plus de 50 % de son CA en électronique, mais aussi 61 centres de R&D, 122 sites dans 27 pays. D’où le besoin d’un PLM standard, pluridisciplinaire, ouvert et multi-sites », explique François Legrand, responsable informatique technique du groupe, pour justifier le choix de Matrix en 2001. Actuellement le système mis en place assure la gestion de 420 000 pièces, 350 000 modèles CAO, 170 000 documents pour le compte de plus de 8 000 utilisateurs.

« Avant l’arrivée de notre outil de GDT nous avions fait le choix du logiciel de visualisation en format tiff à partir des fichiers en mode natif développé par TTF. Société acquise depuis par Adobe. Nous avions au fil du temps ajouté un outil d’estampillage des plans à cette solution. Mais depuis nous avons pris en compte de nouveaux besoins, ce qui nous a conduit à rechercher une autre solution ».



Après avoir testé différentes solutions (Autovue d’Oracle ; JT de Siemens PLM Software ; 3DXML de Dassault Systèmes), c’est finalement Adobe Reader qui a été retenu en juillet 2008, puis déployé en interne, ainsi que chez les fournisseurs et les clients. Le logiciel est notamment utilisé pour toutes les revues de projet en mettant en œuvre toutes ses fonctionnalités (sections ; prise de mesure…).

Et le projet ne va pas s’arrêter là puisqu’il est maintenant prévu de mettre en place la gestion des annotations dans le PLM et d’améliorer la sécurité avec l’adoption d’Acrobat Pro Extended pour brider les possibilités d’échanges de données, notamment en allant pas trop loin dans l’exactitude des modèles pour éviter les fuites de savoir-faire. Il est aussi envisagé d’assurer une gestion fine des droits de visualisation et d’annotation, ainsi que la mise en place de revue de projet collaborative synchrone.

On voit à travers ces deux applications tout l’intérêt des grands groupes pour les outils de communication d’Adobe qu’ils placent au cœur de leur approche PLM. Et il est intéressant de noter que si EADS regrette qu’une telle solution ne vienne pas de ses fournisseurs traditionnels de CAO et de GDT, Valéo se réjouit quant à lui d’être à travers son choix indépendant des grands éditeurs du PLM.

Bonne vacances à tous et rendez-vous début septembre.

Pour en savoir plus : http://www.adobe.com/fr/

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l’Usine Nouvelle, suit depuis plus de 27 ans l’informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM…). Il a été à l’origine de la lettre bimensuelle Systèmes d’Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.
 

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