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Action contre la 5G : la multiplication des zones à haute exposition dans le viseur de l'ONG Priartem

Kevin Poireault

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Action contre la 5G : la multiplication des zones à haute exposition dans le viseur de l'ONG Priartem

Les ONG françaises Priartem-Electrosensibles de France et Agir pour l’environnement, ont saisi, ce 17 février, le Conseil d’Etat pour réclamer la suspension du déploiement de la 5G. Sophie Pelletier, présidente de Priartem évoque des risques accrus pour l’épiderme et l’activité électrique du cerveau et s’inquiète d’une potentielle hausse des cancers à cause de l’augmentation à l’exposition des fréquences radio engendrées par les technologies 5G.

[Mise-à-jour : Le Conseil d'Etat a rejeté, le 5 mars, les recours de Priartem et d'Agir pour l'environnement de suspendre en urgence le déploiement de la 5G mais s'est engagé à « rendre une décision sur le fond avant l'été 2020 ». Une décision qui ne satisfait pas les associations, qui « appellent le gouvernement à suspendre la procédure d'attribution des fréquences 5G attendue pour le printemps 2020 ».]

La 5G prendra-t-elle encore du retard en France ? Alors qu’Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances, a mis aux enchères les fréquences autour de 3,5 GHz fin décembre 2019 et que l’attribution des licences devrait commencer au printemps 2020, les associations Agir pour l’environnement et Priartem-Electrosensibles de France, réclament, via un recours au fond et en référé auprès du Conseil d’Etat, la suspension de ces procédures en raison de l’absence d’évaluation environnementale et sanitaire.

« Il y a un décalage entre le dynamisme de l’industrie à développer de nouvelles technologies et la science qui, avec des budgets bien moindres et des équipes moins structurées et moins soutenues, ne peut pas suivre, assène Sophie Pelletier, présidente de Priartem. Nous en sommes à observer les études d’impact de la 2G, et nous commençons tout juste à avoir les premiers résultats pour la 4G. » Ce recours intervient trois semaines après l’étude préliminaire de l’Agence national de la sécurité sanitaire (Anses) qui pointe le manque de recherche sur les deux bandes principales de la 5G, celle de 3,5 GHz et celle des 26 GHz.

La 5G multiplierait par 8 les points à haute exposition

« Depuis 2009, l'Anses réclame une diminution des expositions. Or, on voit que, d'année en année, les expositions ne font qu'augmenter, argumente Sophie Pelletier. Selon les projections que nous a fournies l'Agence nationale des fréquences (ANFR), le déploiement de la 5G multipliera par huit les points atypiques, c'est-à-dire les lieux où l'exposition aux ondes dépasse 6V/m, largement au-dessus de la moyenne habituelle. »

Ce document, issu des réunions du comité de dialogue de l’ANFR, auxquelles participe régulièrement Priartem, avait été mis en ligne par l’Agence selon Sophie Pelletier mais est aujourd’hui introuvable. Contactée par Industrie & Technologies, un porte-parole de l’ANFR réfute que l’agence ait un jour rendu public un tel document.

En Europe, plusieurs exemples semblent donner raison à Sophie Pelletier. Comme à Bruxelles, où l’Institut belge des services postaux et télécommunications (IBPT) a dû demander un rehaussement des normes d’exposition, alors à 6V/m, pour atteindre entre 14,5 V/m et 41 V/m afin de permettre l’arrivée de la 5G. « Ce type de décisions ne va pas dans le sens d’une réduction des expositions », soupire-t-elle, avant de pointer les risques d’un dérèglement de l’activité électrique du cerveau et de cancer. Depuis 2011, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), organe de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), classe les champs électromagnétiques comme « peut-être cancérogènes pour l’Homme ».

« Les ondes millimétriques sont utilisées en thérapie ! »

Quant à l’exploitation de hautes fréquences, sur la bande dite « millimétrique » des 26 GHz, la présidente de Priartem est encore plus inquiète : « Ces fréquences seront certes de moindre portée que celles de 3,5GHz mais elles nécessiteront le déploiement d’une myriade de petites cellules (small cells). Finalement, les antennes vont encore se rapprocher de nous. » Et pourraient être nocives pour notre épiderme, ajoute-t-elle. « Il faut savoir que ce sont des fréquences utilisées en thérapie ! » A ce jour, l’Anses n’a d’autre choix que d’extrapoler à partir de résultats d’études d’impact biologique sur des fréquences supérieures, comme 60 GHz – « pas raisonnable », proteste la militante.

Enfin, Sophie Pelletier balaie d'un revers de la main l'argument des chantres de la 5G clamant que les nouvelles technologies cellulaires seraient moins consommatrice d'énergie : « J'ai par ailleurs trouvé des publications de l'IEEE stipulant que la 5G serait bien plus énergivore que les technologies précédentes. Sans compter que la 5G impliquera nécessairement de nouveaux usages ! »

Elle cite notamment l’explosion du streaming en haute-définition rendue possible sur les futurs smartphones 5G, sur lesquels les opérateurs s’activent déjà en coulisse, mais ces nouvelles applications pourraient surtout voir le jour en 2021 dans l’industrie [lire à ce sujet Industrie & Technologies n°1028, « 5G, une rupture pour l’industrie »].

Priartem et Agir pour l’environnement ne devraient pas avoir besoin d’attendre si longtemps avant d’obtenir une réponse à leurs réclamations : « On attend une audience devant le juge des référés d’ici deux semaines et une réponse du Conseil d’Etat dans un mois », espère Sophie Pelletier.

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