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Interview

Accords de Paris : « Une renégociation ? Irréaliste ! » Francis Perrin, OCP Policy Center

Philippe Passebon
Accords de Paris : « Une renégociation ? Irréaliste ! » Francis Perrin, OCP Policy Center

Francis Perrin, OCP Policy Center

Le président Trump a annoncé hier soir que les Etats-Unis sortaient de l’Accord de Paris sur le climat. Il s’est dit prêt à renégocier l’accord, pourvu qu’il soit plus favorable aux Etats-Unis. Cette décision n’est pas une surprise : sous l’impulsion de Donald Trump, les Etats-Unis ont déjà abandonné le Clean Power Plan mis en place par Barack Obama et ont procédé à une diminution drastique du budget de l’Agence de protection de l’environnement (APE). Le décryptage de Francis Perrin , chercheur spécialisé dans l'énergie au sein du think tank marocain OCP Policy Center.

 

Quelles sont les conséquences de l’annonce de Donald Trump sur la politique énergétique des Etats-Unis ?

Dès sa campagne électorale, Donald Trump avait souligné qu'il entendait soutenir la production de toutes les énergies en vue d'exploiter le potentiel considérable des États-Unis et d'aller vers l'indépendance énergétique. Le retrait de l'Accord de Paris simplifie la tâche de l'administration Trump à cet égard, puisqu'il lui sera plus facile de justifier un soutien accru aux énergies fossiles (pétrole et gaz naturel conventionnels et non conventionnels et charbon). 

Je reste cependant sceptique sur le cas du charbon. Donald Trump ne manque pas une occasion de répéter qu'il aime les mineurs, mais le charbon recule pour la production d'électricité au profit du gaz naturel, que le président entend également soutenir. De plus, les changements de mix énergétique s'inscrivent dans la durée. M. Trump sera au plus président pendant huit ans, s'il fait deux mandats, ce qui est loin d'être sûr. Qu'il s'agisse de huit ans ou de quatre ans, ce ne sera pas suffisant pour modifier de façon significative le mix énergétique des États-Unis.

Que pensez-vous des arguments avancés par Donald Trump (« réduire nos émissions de carbone nuit à notre économie », « la Chine pollue plus ») ?

La Chine est effectivement le premier émetteur de gaz à effet de serre devant les États-Unis mais sa population est de près de 1,4 milliard de personnes, contre 320 millions pour les États-Unis. Par habitant, les États-Unis sont largement en tête, et ce point n'est absolument pas abordé par Donald Trump. De même, les émissions cumulées des États-Unis sont bien supérieures à celles de la Chine et le président américain n'évoque pas non plus ce sujet dans son argumentation très simpliste.

Il est parfaitement exact que des efforts significatifs visant à réduire les émissions de carbone peuvent avoir un impact négatif sur certaines industries grosses consommatrices d'énergie telles que la sidérurgie, le charbon ou le papier qui ont été citées par M. Trump. Mais celui-ci ne parle pas des créations d'emplois liées aux énergies renouvelables et à l'efficacité énergétique. Son intervention était uniquement à charge. L'impact de l'Accord de Paris sur l'économie américaine aurait mérité une analyse un peu plus fine.

Le président américain n'a pas manqué par ailleurs d'insister sur le fait que l'Accord de Paris implique d’avantage d’engagements de la part de certains pays...

L'Accord de Paris repose notamment sur le principe de la différenciation. Cela signifie que tous les pays ont des responsabilités mais que celles-ci ne sont pas les mêmes. Les pays en développement disposent de plus de temps pour arriver au plafonnement de leurs émissions. Donald Trump a notamment cité le cas de la Chine qui a indiqué que ses émissions pourraient augmenter jusqu'en 2030. C'est parfaitement vrai, mais ce n'est pas une surprise. La Convention cadre des Nations-Unies sur le changement climatique de 1992 faisait déjà référence aux responsabilités "communes mais différenciées" des États.

Avant même l'Accord de Paris, les émissions de carbone des États-Unis étaient orientées à la baisse. Les engagements pris par l'administration Obama étaient ambitieux, mais pas hors de portée.

Donald Trump affirme vouloir renégocier l’Accord de Paris. Pourrait-il y parvenir sur quelques points ?

L'hypothèse d'une renégociation est totalement irréaliste. L'Accord a recueilli 195 signatures, et on en est à près de 150 ratifications. Juridiquement, l'Accord est entré en vigueur en novembre 2016. La renégociation est mission impossible et Washington le sait parfaitement. Dire que les États-Unis sont prêts à renégocier est uniquement une façon d'expliquer que ce pays n'est pas hostile à la lutte contre le changement climatique, mais que l'Accord de Paris est un très mauvais accord. Sur le fond, personne n'est dupe.

Peut-on anticiper une réaction des entreprises américaines ?

La décision de Donald Trump concerne l'Etat fédéral. Les États de la fédération, les villes ou les entreprises aux États-Unis sont parfaitement libres d'adopter leurs propres programmes de lutte contre le changement climatique en faisant référence à l'Accord de Paris. Plusieurs grandes firmes ont déjà indiqué qu'elles poursuivraient sur la voie de la réduction de leurs émissions parce que c'est nécessaire, utile et rentable et parce que c'est une bonne façon de préparer l'avenir à moyen, long et très long terme. Les pressions des milieux financiers et des investisseurs en ce sens sont de plus en plus fortes.

Que pensez-vous de la réaction d’Emmanuel Macron, en particulier d’inviter les scientifiques et entrepreneurs américains à venir travailler en France ?

Le président français ne manque pas d'audace et de sens de la communication. Il s'est très rapidement positionné en leader de la contestation face au président américain et en défenseur de l'Accord de Paris. C'est bien joué mais son appel direct aux scientifiques, ingénieurs et entrepreneurs américains ne sera pas forcément bien reçu outre-Atlantique. Il est de toute façon peu probable que ceux-ci se précipitent en France. Mais la démarche est habile et Emmanuel Macron soigne sa stature présidentielle en France, en Europe et dans le monde. Donald Trump lui a involontairement fourni l'occasion de marquer plusieurs points.

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