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Accélérer la découverte de médicaments

Propos recueillis par Michel Le Toullec
- Créé en 1989, Cerep a validé des solutions pour réduire le temps et le coût de développement de médicaments, en décelant au plus tôt les candidats les plus prometteurs. Partenaire de géants de l'industrie pharmaceutique (Sanofi-Aventis, Bristol-Myers Squibb, Pfizer et Eli Lilly), il développe en interne ses propres candidats médicaments, notamment contre les cancers.

Industrie et Technologies : Comment décririez-vous votre stratégie de recherche ?

Frédéric Revah : L'action de Cerep s'inscrit dans le cadre de la recherche de médicaments, ou drug discovery. D'une part, nous offrons nos services aux groupes pharmaceutiques pour les aider à réduire le temps et le coût de la découverte de molécules d'intérêt. D'autre part, cette activité de services nous donne les moyens financiers de développer en interne nos propres candidats-médicaments. Nous cherchons alors à les licencier à un partenaire pharmaceutique, qui en assurera le développement clinique et la commercialisation.

Le processus de R&D d'un médicament est long et coûteux : il faut compter jusqu'à douze ans avant sa mise sur le marché, soit une dépense d'environ 900 millions d'euros. C'est aussi un processus risqué : pour un médicament commercialisé, dix molécules ont atteint la phase d'expérimentation clinique parmi des centaines de milliers de composés préalablement synthétisés et évalués. Deux tiers de ces 900 millions d'euros sont liés aux échecs. Notre approche consiste alors à améliorer au maximum le taux de succès.

I. T. : Par quels moyens ?

F. R. : Nous avons développé une plate-forme alliant pharmacologie, chimie, informatique et recherche clinique, en mettant l'accent sur les technologies nous permettant de distinguer aussi tôt que possible les molécules les plus intéressantes. Ainsi, notre base de données pharmaco-informatique BioPrint est un outil d'aide à la prise de décision aux diverses phases du processus de drug discovery. Cette base de données place une nouvelle molécule dans le contexte des médicaments commercialisés, aide à prévoir les problèmes in vivo et à prédire ses possibles effets secondaires et ses caractéristiques d'absorption, distribution, métabolisme et excrétion.

Pour construire BioPrint, nous avons déterminé le profil des principes actifs de plus de 2 500 produits, commercialisés ou qui ont échoué en développement. Ces produits ont subi plus de 170 tests in vitro sur plus d'une centaine de cibles moléculaires, et une batterie de tests physico-chimiques. Cette plate-forme comprend en outre des informations - comme les utilisations thérapeutiques, les effets indésirables ou la pharmacocinétique - relatives à ces 2 500 produits. BioPrint intègre par ailleurs des logiciels permettant d'établir des relations entre les structures chimiques des molécules et leurs propriétés pharmacologiques.

I. T. : Quels sont vos principaux partenariats de recherche ?

F. R. : Nous avons annoncé, en février 2005, un accord de prestation avec Sanofi-Aventis, portant sur la fourniture de chimiothèques de milliers de composés basés sur des monomères sélectionnés par le groupe pharmaceutique. Toujours avec Sanofi-Aventis, nous sommes liés par partenariat sur la recherche de nouveaux candidats médicaments. Nous collaborons également avec Bristol-Myers Squibb sur un candidat médicament pour le traitement de maladies immuno-inflammatoires. L'antagoniste LFA-1, que nous avons découvert, entre en phase II d'essais cliniques.

Nous avons, par ailleurs, un accord de souscription à BioPrint avec Pfizer, renouvelé jusqu'à 2006. Le groupe américain a ainsi accès à l'ensemble des données de ce système et aux outils pharmaco-informatiques qui y sont associés. Nous produirons dans ce cadre des nouvelles données BioPrint sur la base de composés propres à Pfizer. Ce partenariat porte en outre sur le développement de méthodes destinées à prédire le plus tôt possible les effets secondaires pouvant conduire à l'abandon du médicament lors des phases cliniques. Enfin, nous collaborons avec Eli Lilly sur le profilage systématique de ses collections de molécules qui comptent plusieurs dizaines de milliers de composés.

I. T. : Quelles sont vos recherches en interne ?

F. R. : Nous exploitons, par exemple, notre système BioPrint dans une direction nouvelle : rechercher des indications inédites à des médicaments qui sont déjà sur le marché. Nous avons breveté l'utilisation d'un antispasmodique, pour la préparation de compositions pharmaceutiques destinées, cette fois, au traitement de la dépression.

I. T. : Cerep a récemment acquis MEL et Hesperion. Quelles sont les implications sur votre R&D ?

F. R. : L'acquisition de Molecular Engines Laboratories [MEL], finalisée en janvier 2005, entre dans le cadre de notre recherche en interne de candidats médicaments. Cerep étend ainsi ses compétences dans le domaine des cancers. La société MEL est spécialisée dans la réversion tumorale. Il s'agit d'un phénomène grâce auquel certaines cellules cancéreuses perdent spontanément leur phénotype malin, ce qui provoque l'arrêt de leur croissance. L'entreprise a développé plusieurs modèles de réversion tumorale, et a identifié plusieurs gènes qui y sont impliqués. Des essais cliniques en phase I/II sont d'ailleurs en cours dans le domaine de la leucémie aiguë myéloblastique. MEL a aussi identifié plusieurs séries chimiques actives sur les cibles d'intérêt impliquées dans la réversion tumorale.

L'acquisition de la société suisse Hesperion, au début 2004, entre, elle, dans le cadre de notre activité de services. Jusqu'alors, Cerep offrait son savoir-faire jusqu'au stade préclinique. Désormais, nous avons les moyens d'aller jusqu'au développement clinique.

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