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À Saclay, EIT Manufacturing se lance pour doper l’industrie manufacturière

Kevin Poireault
À Saclay, EIT Manufacturing se lance pour doper l’industrie manufacturière

George Chryssolouris (Université de Patras), Heinrich Flegel (directeur de l'EIT Manufacturing), Agnès Paillard (EIT) et Klaus Beetz (PDG de l'EIT Manufacturing) ont inauguré l'ouverture du siège de la nouvelle structure européenne.

© EIT Manufacturing

Le 7 novembre, la Commission européenne a inauguré, dans les locaux de Noanno-Innov, à Paris-Saclay, le siège de l’EIT Manufacturing, huitième organisme européen de filière rattaché à l’Institut européen pour l’innovation et les technologies. Une structure ambitieuse qui, dotée de deux milliards d’euros pour sept ans, va s’employer à défendre la compétitivité de l’Europe face à l’arrivée des Etats-Unis et de la Chine dans un secteur manufacturier en pleine transformation numérique.

Deux tables, trois chaises, un ordinateur. Rien de plus. A en voir son bureau, niché au bout d’un couloir qui laisse entrevoir d’autres pièces tout aussi vides, Klaus Beetz n’a pas besoin de préciser qu’il vient « tout juste de s’installer » dans une aile de Nanno-Innov, un hub de la recherche en nano-technologies situé à Palaiseau, sur le campus de Paris-Saclay.

A l’issue d’un long cortège de représentants européens venus prendre la parole devant une cinquantaine de personnes ce jeudi 7 novembre, cet ancien cadre de Siemens a coupé le ruban pour inaugurer l’ouverture officielle du siège de l’EIT Manufacturing, dont il est le PDG par interim.

Cette nouvelle entité européenne, fondée en association de loi 1901 sous contrat avec l’Institut européen pour l’innovation et les technologies (EIT) regroupe 50 acteurs du secteurs manufacturiers issus de 17 pays européens - 49% d’industriels (Atos, Siemens, Festo, Fives…), 32% d’universités (Ecole Arts et Métiers, TU Delft…) et 19% de centres de recherches (CEA, Inestec…). Elle vise à « fournir d’excellentes compétences et de talents, à travailler à la numérisation du secteur manufacturier et à encourager une industrie manufacturière plus soutenable », résume le communiqué, largement repris par Agnès Paillard, membre du directoire de l’EIT, lors de la cérémonie.

Former 1 500 entrepreneurs et créer 1 000 start-up 

Les objectifs de l’EIT Manufacturing d’ici 2026, organisés en trois axes - R&D, formation et investissement - sont les suivants :

  • Former (et re-former) 50 000 ouvriers du secteur manufacturiers
  • Former 1 500 entrepreneurs du secteur manufacturier
  • Créer 1 000 start-up, dont 80 start-up « vertes »
  • Délivrer 350 nouveaux produits et services dans le secteur manufacturier

Si les intervenants n’ont cessé de répéter que l’Europe était encore bien placée dans le secteur manufacturier - celui-ci emploie près de 30 millions de personnes dans 2,1 millions d’entreprises et représente presque 20% du PIB de l’UE - l’objectif est bien de ne pas se faire dépasser par les Etats-Unis ou la Chine.

« Sur beaucoup de grands enjeux manufacturier, on ne peut pas concevoir un système performant aux fournisseurs d’un seul pays », insiste Stéphane Siebert, directeur de la recherche technique du CEA. « Prenez l’énergie solaire : aujourd’hui on a besoin de produire 100 GW par an dans le monde. Actuellement, les Chinois dominent le marché parce qu’ils ont une techno simple mais pas chère. Or, dans le solaire, les technologies évoluent très vite, donc c’est un jeu qui reste ouvert. On n’a pas perdu pour toujours. Peut-on le faire en Europe tout en étant compétitifs avec les Américains et les Chinois ? Hier, je vous aurais dit non. Désormais ma réponse est oui. On a construit une solution européenne avec un équipementier suisse-allemand, Meyer Burger, un fournisseur pour le matériau de base, le silicium, qui est en Norvège, Rec, un investisseur et opérateur italien bien connu, Enel et c’est le CEA, en France, qui a développé le procédé. »

Une première vague de 70 nouveaux projets de recherches

Un exemple que Stéphane Siebert voudrait réitérer mais sans les grandes difficultés financières qui vont avec : « Nous avons pu le financer avec Meyer Burger mais nous étions au maximum de nos capacités. » L’EIT Manufacturing, sous contrat avec l’EIT pour sept ans renouvelables une fois, devrait bénéficier d’un financement de 450 millions d’euros de la part de la Commission européenne, selon Gregorio Ameyugo, adjoint au directeur du CEA et directeur de l’innovation de l’EIT Manufacuring. Mais ce montant ne sera pas totalement validé tant que le budget du programme européen Horizon Europe, qui fait suite à Horizon 2020 et couvre les années 2021 à 2027, n’a pas été voté à la Commission européenne, en 2020. « A cela s’ajoute le financement de nos partenaires, renchérit Gregorio Ameyugo, qui est environ quatre fois plus élevé. Au total, nous devrions recevoir plus de deux milliards d’euros pour les sept prochaines années. »

A l’heure de l’inauguration de son siège à Paris-Saclay, l’EIT Manufacturing a déjà acté le financement de 70 nouveaux projets de recherche. La structure sera « une sorte de chef d’orchestre qui favorise la constitution de groupement et qui co-finance les projets, détaille Stéphane Siebert. Après c’est à la communauté scientifique et industrielle de monter des feuilles de route. »

L’EIT Manufacturing a une ambition, souligne Gregorio Ameyugo : faire disparaître les frontières. « Aujourd’hui, la réalité, c’est que l’Europe est très fragmentée : une start-up née à Saclay a beaucoup de mal à vendre au nord de l’Italie », diagnostique-t-il. C’est pourquoi, en plus de son siège à Saclay, choisi pour la concentration d’industries, de centres de recherche et d'établissements d'enseignement supérieur, l'EIT Manufacturing compte cinq « filiales » : Bilbao en Espagne, Göteborg en Suède, Milan en Italie, Darmstadt en Allemagne et Vienne en Autriche, Si elles sont déjà « toutes opérationnelles », seules les deux dernières « existent légalement » à ce jour, précise Gregorio Ameyugo.

Atteindre les 200 partenaires d'ici quatre ans

L’EIT Manufacturing est le 8e organisme du genre - « Knowledge Innovation Community » (KIC), selon le jargon européen - après l’EIT Digital, l’EIT Inno-Energy, l’EIT Climate-KIC (2010), l’EIT Raw Material, l’EIT Health (2015), l’EIT Food (2016) et l’EIT Urban Mobility (2019). « L’idée de telles structure a été lancée en 2009 par José Manuel Barroso, alors président de la Commission européenne, pour essayer de rattraper les Etats-Unis sur l’entreprenariat », rappelle Klaus Beetz.

L’EIT Manufacturing « aurait dû arriver en 2016 », poursuit-il, mais un seul consortium avait alors postulé pour porter le projet et cela ne s’est pas fait. Cette année, le consortium de 50 partenaires a été sélectionné parmi quatre candidats après un long parcours de validation par l’Institut européen pour l’innovation et les technologies de la Commission européenne. Mais son réseau devrait rapidement s’agrandir : « Notre but d’ici quatre ans est d’atteindre quelque 200 partenaires », lance Gregorio Ameyugo.

Une des raisons pour laquelle la structure ne devrait pas occuper l’aile exigüe du site Nanno-Innov pendant très longtemps. « Nous sommes aujourd’hui à l’étroit », admet Stéphane Siebert. Le CEA prépare donc, avec l’aide de la région Ile-de-France, la construction d’une extension de 20 000 m² qui s’appellera DigiHall et qui abritera, en plus de l’EIT Manufacturing, des activités du CEA, de l’IRT SystemX, de l‘Inria ainsi que « des plateaux communs avec des industriels, aujourd’hui saturés », indique le directeur du CEA. « Nous allons lancer le concours d’architecture l’année prochaine pour un chantier qui devrait commencer en 2021. »

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