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A NOVO SOIGNE LES ECRANS PLATS

Ridha Loukil

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A NOVO SOIGNE LES ECRANS PLATS

A Novo ajoute à son expérience en électronique une expertise des écrans LCD et plasma dans un environnement ultrapropre.

© D.R.

Le spécialiste français de la maintenance électronique se lance, à Angers, dans la réparation d'écrans plats. Une activité porteuse qui exige de l'attention, de la précision et de la rigueur.

semble à une usine de fabrication de circuits intégrés. Les opérateurs qui y travaillent sont habillés à l'identique. Tout en blanc. Mais au lieu de tranches de silicium, ils manipulent de grands écrans plats. Nous sommes dans le centre industriel d'A Novo en France, à Angers (Maine-et-Loire). Sur ce site, à proximité de l'usine de télévisions de Thomson et de l'usine de PC de NEC, le spécialiste français de la maintenance électronique développe une activité de réparation d'écrans plats et de produits multimédias. À son expérience dans l'électronique, il ajoute à la fois une expertise des écrans LCD et plasma et une maîtrise des travaux de précision dans un environnement ultrapropre.

Spécialisé à l'origine dans la maintenance des décodeurs de télévision de Canal+, A Novo se présente aujourd'hui comme un opérateur diversifié tant par la clientèle que par le type d'équipements électroniques traités. La réparation des écrans plats constitue la dernière diversification en phase avec le basculement des moniteurs informatiques sur la technologie LCD, le développement fulgurant des PC portables et l'explosion de la télévision LCD et Plasma.

720 000 postes attendus en SAV pour 2007

Les perspectives paraissent alléchantes. Selon le fabricant et la technologie d'écran, le taux de retour des téléviseurs à écran plat aux services après-vente oscille en effet entre 3 et 7 %. Dans les PC portables, il flirte avec les 10 %. En 2007, A Novo s'attend à la vente de 10 millions de téléviseurs à écran plat en Europe et donc au retour de quelque 720 000 postes aux services après-vente. Or, « compte tenu des distances et de la flambée des cours du pétrole, il est exclu de renvoyer les écrans défectueux pour leur réparation en Asie, la seule région dans le monde où ils sont fabriqués. Cela coûterait trop cher et prendrait trop de temps », estime Christophe Lienard, directeur général délégué du groupe. Les fabricants sont donc contraints de s'organiser pour traiter localement les retours soit en créant des structures internes sur place, soit en faisant appel à des prestataires locaux comme A Novo, Teleplan ou CRC Group.

Centre d'excellence en écrans plats pour A Novo en Europe, le site d'Angers a démarré son activité en février 2005 pour le compte de Thomson qui lui a confié le service après-vente de ses téléviseurs au niveau européen. D'ailleurs, sur son effectif actuel de 100 personnes, 60 viennent du géant de l'électronique français. Aujourd'hui, Thomson ne représente plus que 40 % de la charge de travail. Désormais, A Novo traite aussi les téléviseurs de Philips distribués en France par Carrefour. Il répare également les écrans LCD de Chi Mei Optoelectronics, deuxième fabricant taïwanais d'écrans LCD, présent chez quasiment tous les constructeurs de téléviseurs. Dans l'informatique, il opère surtout pour le taïwanais Mitai, fournisseur ODM de PC pour les marques NEC et Packard Bell.

Dans un bâtiment flambant neuf de 5 000 m2, loué en formule de crédit-bail à l'agglomération d'Angers, Damien Quillet, directeur du centre, a aménagé un entrepôt, une zone de test et d'ingénierie, des aires de réparation par familles de produits et une salle blanche pour les opérations sensibles. Pour cet ingénieur Supélec, ancien directeur logistique de l'usine de Thomson à Angers, le mot d'ordre reste la flexibilité. Face à une activité en plein développement, il doit adapter en permanence l'aménagement des zones de travail aux fluctuations des besoins. « Nous changeons la configuration des aires de réparation presque toutes les deux semaines. C'est pourquoi nous utilisons un mobilier sur pieds à roulettes. Ainsi nous pouvons réaménager rapidement les zones de travail », confie-t-il.

Pour des questions de productivité, le travail de dépannage est organisé par campagnes de produits affichant le même symptôme de dysfonctionnement. Ainsi, les opérateurs n'ont pas à jongler en permanence entre les différents types de cartes électroniques, modules et écrans. Ils ont affaire à près de 200 références de cartes électroniques, avec pour chacune 5 à 10 types de pannes courantes. Avant toute réparation, ils doivent constater la panne déclarée par le client en procédant à différents tests. La consigne de Damien Quillet est claire : « Pas d'acharnement thérapeutique. » Si la panne n'est pas identifiée assez rapidement, inutile de perdre du temps. Il est plus économique de remplacer tout simplement la carte ou le module.

L'électronique compte pour 90 % des pannes des téléviseurs à écrans plats et l'écran proprement dit pour 10 %. A Novo parvient à réparer 90 % des défauts.

Un travail essentiellement manuel

Sur les dalles d'écrans, la panne la plus courante concerne le démultiplexeur, le circuit intégré qui assure l'adressage des électrodes en lignes et en colonnes. Ce défaut se traduit par une ligne ou une colonne noire. Selon le fabricant d'écrans, ce composant est monté soit sur un circuit imprimé souple selon la technologie TAB (Tape Automated Bonding), soit directement sur la plaque de verre selon la technologie COG (Chip on Glass).

La deuxième panne la plus fréquente est constituée par les rayures d'écran. La troisième est formée par les pixels brillants, allumés en permanence à cause d'un défaut d'électrode. D'autres pannes apparaissent sur les écrans LCD comme les pixels noirs (éteints en permanence à cause d'une rupture d'électrode) ou les murats (cellules détruites à cause d'une pression trop forte ou trop prolongée sur l'écran), deux types de défauts indélébiles, donc impossibles à réparer.

A Novo répare les multiplexeurs défectueux, les rayures et les points brillants. Le travail de dépannage reste essentiellement manuel. Curieusement, selon Damien Quillet, il ne demande aucune qualification particulière. Car, sur le plan technique, tout est soigneusement préparé en amont par le service d'ingénierie inverse de Rémi Ruffini. À l'aide de bancs de test, développés en interne, ce service reconstitue l'environnement de l'écran afin d'en déterminer les paramètres puis de définir avec précision le protocole de réparation.

Prenons l'exemple du démultiplexeur. Son collage doit, en fonction de l'écran, respecter des pressions, des courbes de température ainsi qu'une durée d'application spécifiques. « Ces paramètres sont rigoureusement définis pour assurer une bonne polymérisation de la colle, sans écraser les billes de connexion, ni supprimer les latitudes de déformation nécessaires afin que la connexion s'adapte, sans rupture, aux changements brusques de température ambiante d'utilisation », explique Rémi Ruffini.

Les opérateurs sont formés pour exécuter des tâches avec rigueur, précision et attention. Ils doivent manipuler les écrans avec soin et douceur pour éviter les déformations et la casse. Un écran de 32 pouces (82 cm de diagonale) présente une épaisseur d'environ 2 mm. De par ses dimensions, il est sujet à beaucoup de flexion. Lors de sa manipulation, il faut éviter les déformations susceptibles de l'abîmer et les pressions trop fortes susceptibles de laisser des murats. « Malgré toute l'attention dont nous faisons preuve, il nous arrive de casser ou d'abîmer des écrans. Dans certains cas, nous savons pourquoi. Dans d'autres, nous n'arrivons pas à l'expliquer », reconnaît Rémi Ruffini.

Les écrans plasma sont dépannés en atmosphère normale. Mais ils ne représentent aujourd'hui que 5 % des écrans traités par A Novo. Plus fragiles, les écrans LCD sont en revanche réparés dans la salle blanche, car la moindre particule de poussière entre le système de rétroéclairage et la dalle de verre transforme le pixel en point noir permanent. Toutes les opérations s'effectuent en classe 1000 (1 000 particules de moins de 3 µm par pied au cube d'air), sauf la lamination (pose du film polarisant) qui demande une zone en classe 100.

Objectif : réparer 10 000 écrans par mois

La salle blanche représente 40 % de l'investissement sur le centre d'Angers. Tous les équipements proviennent de fournisseurs en Europe : Unitek (Pays-Bas) pour les machines de collage et Clarion (Royaume-Uni) pour le délaminateur et laminateur. Seuls le laser, utilisé pour éteindre les pixels brillants, vient de l'américain New Wave et le microscope du japonais Mitutoyo. Avec l'École nationale supérieure d'arts et métiers à Angers, A Novo travaille sur l'amélioration du système de localisation et de visée en X-Y des pixels brillants pour le rendre plus stable et moins sensible aux vibrations.

Aujourd'hui, le centre répare chaque mois environ 1 000 téléviseurs auxquels s'ajoutent 1 000 écrans LCD de Chi Mei Optoelectronics. Cinq opérateurs sont formés pour travailler dans la salle blanche mais seulement trois d'entre eux y sont à l'oeuvre en même temps. La montée de la charge de travail pourra être absorbée sans investissement matériel, en mettant jusqu'à huit opérateurs dans la salle blanche puis en passant à deux postes. L'objectif d'A Novo est ambitieux : réparer 10 000 écrans plats par mois d'ici à la fin de 2007 pour un effectif total de 160 personnes.

Deux clients potentiels sont en ligne de mire : AU Optronics et Chungwa Picture Tubes, premier et troisième fabricants taïwanais d'écrans LCD, également fournisseurs de presque tous les constructeurs de téléviseurs

L'ENTREPRISE

- 4 700 personnes - 20 sites industriels dans le monde, dont trois en France : Beauvais (Oise) pour les décodeurs, Brive (Corrèze) pour les télécoms et Angers (Maine-et-Loire) pour les écrans plats - 17 millions de produits réparés par an - 260 millions d'euros de chiffre d'affaires prévus pour 2006

1 200 ÉCRANS TRAITÉS PAR MOIS

- Le centre d'excellence européen d'A Novo en écrans plats, à Angers (Maine-et-Loire), a ouvert en février 2005. - Le bâtiment de 5 000 m2 comprend une salle blanche de 180 m2 de classes 1000 et 100. - Effectif : 100 personnes - 1 000 téléviseurs, 2 000 PC portables, 1 000 écrans LCD, 1 500 lecteurs de DVD portables et 1 500 modules électroniques de télévision sont réparés chaque mois - Chiffre d'affaires : 7 à 8 millions d'euros par an.

TROIS OPÉRATIONS DÉLICATES EN SALLE BLANCHE

1 Remplacement du démultiplexeur C'est le circuit qui assure l'adressage des lignes et des colonnes de l'écran. Il se présente comme un double peigne avec, côté électronique, une centaine de pistes et, côté écran, 768 pistes au pas de 60 µm. A. Décollage Le circuit est décollé doucement à l'aide d'un outil qui ressemble à une spatule avec une extrême attention afin de ne pas abîmer les pistes de connexion déposées sur la plaque de verre.

B. Nettoyage L'emplacement du circuit est nettoyé soigneusement avec un solvant de façon à éliminer les traces de colle.

C. Collage Le nouveau démultiplexeur est collé sur la plaque de verre à l'aide d'un film adhésif anisotrope (conducteur dans un sens et isolant dans l'autre). Ce film, d'environ 80 µm d'épaisseur, contient des billes en or de 7 µm de diamètre. La position du circuit sur la plaque de verre est réglée manuellement avec une précision de 4 à 5 µm. Une thermode effectue automatiquement le collage par pression et température, selon un cycle et des paramètres rigoureusement déterminés par le service d'ingénierie.

2 Remplacement du film polarisant Ce film transparent donne la couleur en mélangeant à chaque pixel les lumières traversant les trois cellules : rouge, verte et bleue. Il doit être remplacé quand il est rayé. A. Délamination Cette opération consiste à décoller le film de la plaque de verre. On commence par décoller un bout à l'angle de l'écran puis le délaminateur termine le travail en enroulant le film sur une tige tournante, comme on ouvre une boîte de sardines. La vitesse est contrôlée pour éviter l'arrachement ou le déchirement du film.

B. Nettoyage On nettoie doucement à l'aide d'un solvant les traces sur l'écran, sans presser trop fort ou trop longtemps, sous peine de provoquer des murats, des taches indélébiles. C. Lamination C'est l'opération la plus délicate. Elle consiste à poser le nouveau film polarisant sur la plaque de verre. Elle est assurée par une machine de Clarion, la seule aujourd'hui en Europe capable de traiter des écrans pour des tailles allant jusqu'à 64 pouces.

3 Suppression des points brillants À cause d'un problème de transistor de commande, des pixels restent en permanence lumineux. Un défaut acceptable en informatique mais pas en télévision.

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