Nous suivre Industrie Techno

6 juin 1944 - Le Minor System : 3,6 millions de litres de carburant par jour

Jean-François Preveraud

Sujets relatifs :

, ,
6 juin 1944 - Le Minor System : 3,6 millions de litres de carburant par jour

Le Minor System alimenta les armées alliées en Normandie

© DR

Pour éviter de transporter des jerrycans vides vers la Grande-Bretagne, les alliés vont mettre en place des stations de dépotages côtières, avec des réservoirs qui atteindront 23 500 tonnes à la mi-septembre, desservis par un réseau de 115 km de pipe-lines.

Alors que dès le jour J une noria de barges amène des dizaines de milliers de jerrycans de carburant sur les plages, au prix de beaucoup de manutention, pour alimenter les milliers de véhicules en tout genre débarqués, les alliés ont déjà envisagé une deuxième phase pour ravitailler leurs troupes en carburant, qu’ils comptent mettre en place dès J+10.

Espérant que la situation militaire s’améliorerait assez rapidement après le débarquement du 6 juin, ils voulaient faire traverser la Manche au carburant via des navires citernes (tankers). Mais conscients qu’il leur serait difficile de disposer rapidement d’un port en eau profonde, tel Cherbourg, pour dépoter les navires, ils durent se montrer inventifs.

Ils imaginèrent de petits tankers de 350 tonnes de charge qui viendraient mouiller à quelques centaines de mètres de la côte devant Sainte Honorine des Pertes. Ils seraient raccordés à 6 pipe-lines sous-marins de 6 pouces aboutissant à des bouées flottantes, les Tombolas. Des stations de pompage situées sur les plages aspiraient alors le précieux liquide et le refoulait dans des réservoirs tampons de 2 500 tonnes alimentant des stations de remplissage des jerrycans. Les jerrycans vides n’auraient plus besoin de retraverser la Manche à vide ! La mise en place de ce système débute dès le 9 juin.



           Un pipe-line arrivant sur la plage
   de Sainte Honorine des Pertes avec au fond
           un tanker amarré sur un Tombola


1 200 tonnes/jour

Par bonheur pour les alliés, les deux jetées du petit port voisin de Port en Bessin se révélèrent utilisables dès sa libération le 8 juin et se montrèrent capables d’accueillir des tankers de 1 300 tonnes de charge. Des pipe-lines et des stations de pompage furent rapidement installés et raccordés aux pipe-lines venant des Tombolas. L’ensemble de ce système est opérationnel avec un peu de retard à J+19, mais la capacité initiale de 730 tonnes/jour est portée à 1 200 tonnes/jour.



    Les stations de pompage refoulent le carburant
   des tankers vers les réservoirs du Mont Chauvin



Entre temps des réservoirs de 2 900 tonnes sont construits sur le Mont Chauvin près de Etreham, à 4 km des plages, afin d’alimenter ensuite par gravité un réseau de remplissage. Ils sont opérationnels dès le 4 juillet. Les troupes avançant, un autre réservoir de 730 tonnes est construit à Balleroy à une vingtaine de kilomètres au sud des plages. Il est alimenté par gravité depuis des réservoirs du Mont Chauvin, via un pipe-line de 4 pouces. Au fur et à mesure de l’avancée du front d’autres pipe-lines seront installés vers l’Ouest jusqu’à Saint-Lô à une trentaine de kilomètres et Carentan à une quarantaine de kilomètres du Mont Chauvin. Ce réseau forme le Minor System.



             Les réservoirs du Mont Chauvin
                   cachés dans les vergers


Les pipe-lines sont constitués de tubes métalliques assemblés par des brides directement issus des matériels utilisés par les pétroliers outre-Atlantique. Ces pipe-lines courent à même le sol, sur les bas-côtés des routes, dans les fossés ou même en plein milieu des champs. Des stations relais de pompage maintiennent le débit dans le réseau malgré sa longueur.



                  Les pipe-lines de 6 pouces
      courent au bord des routes de Normandie


Fin juillet au lieu des 45 km de pipe-lines initialement prévu ce seront 115 km qui auront été installés à partir de Port en Bessin. Tandis que les réservoirs atteindront 23 500 tonnes au lieu des 8 500 tonnes prévues. Le Minor System débite alors 2,4 millions de litres de carburant par jour et il arrivera à 3,6 millions à la mi-septembre. Entre temps, il aura été rejoint par le Major System et ses pipe-lines Pluto qui traversent la Manche. Le démontage des installations du Minor System débuteront mi-octobre.

Jean-François Prevéraud

Pour beaucoup plus de détails, on consultera avec intérêt l’ouvrage de Philippe Baudin, Quand l’or noir coulait à flots aux Editions Heimdal.

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

Face aux batteries et biocarburants, Norsk e-fuel mise sur le kérosène renouvelable pour des avions bas-carbone

Face aux batteries et biocarburants, Norsk e-fuel mise sur le kérosène renouvelable pour des avions bas-carbone

La coentreprise Norsk e-fuel a précisé son projet de production de carburant renouvelable pour les avions lors d'un webinaire le 17[…]

Pour bien commencer la semaine, la recette de Norsk e-fuel pour décarboner l’aviation

Pour bien commencer la semaine, la recette de Norsk e-fuel pour décarboner l’aviation

Eau, CO2 et électricité renouvelable : la recette de Norsk e-fuel pour le carburant des avions

Eau, CO2 et électricité renouvelable : la recette de Norsk e-fuel pour le carburant des avions

Comment convertir du CO2 en kérosène avec 45% d'efficacité, la recette de Khimod

Comment convertir du CO2 en kérosène avec 45% d'efficacité, la recette de Khimod

Plus d'articles