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6 juin 1944 - Le jerrycan : un bidon qui fit le tour du monde

Jean-François Preveraud

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6 juin 1944 - Le jerrycan : un bidon qui fit le tour du monde

L'un des tous premiers modèles fabriqué en 1937 par ABP

© DR

La solution la plus simple pour le ravitaillement en carburant était que les véhicules emportent avec eux une réserve augmentant notablement leur autonomie. Ce fut le jerrycan, un réservoir portable de 20 litres inventé par l’armée allemande et repris par tous les belligérants.

La Wehrmacht qui murissait un concept de guerre éclair (blitzkrieg), basée sur la percée rapide du front par des divisions blindées, était consciente du besoin d’approvisionner ses véhicules en carburant, aussi lança-t-elle un appel d’offres en 1935 pour un réservoir (kanister). Il devait avoir une contenance de 20 litres et peser une vingtaine de kilogrammes, être facilement portable par un homme seul ; de formes et de dimensions facilitant le transport et le stockage dans un minimum de volume ; être doté de poignées facilitant son transvasement, ainsi que sa manutention par une chaîne humaine ; et enfin être d’une fabrication simple et peu coûteuse.

Les premiers exemplaires furent fabriqués en série dans le plus grand secret par les firmes Müller et ABP dès 1937. Ils équipèrent rapidement les troupes mécanisées de la Wehrmacht. Ce réservoir était constitué de deux demi-coquilles rigidifiées par une croix, embouties et soudées électriquement, sur lesquelles étaient soudées une poignée à 3 barreaux et un bouchon à came faisant bec verseur, sur lequel pouvait s’adapter un prolongateur. Il était enduit d’une peinture rouge résistant aux hydrocarbures, puis recouvert d’une peinture extérieure dépendant de sa destination. Les alliés découvrirent ce kanister lors de la campagne de France en 1940.

Du kanister au jerrycan

Alors qu’ils utilisaient des bidons cylindriques de 5, 10 ou 55 US gallons peu faciles à manipuler et à stocker, les Américains adoptèrent immédiatement ce kanister qu’ils fabriquèrent à partir de 1941 et le baptisèrent jerrycan, le ‘‘bidon allemand’’. Toutefois, ils modifièrent sa conception. Le leur est fabriqué à partir d’une simple tôle emboutie, pliée puis soudée, formant le corps, sur lequel sont soudés le fond plat et une coiffe intégrant 3 poignés et un bouchon à vis au standard de l’industrie pétrolière, imposant l’emploi d’un bec verseur. Initialement galvanisé, ce réservoir de 5,25 US gallons (19,95 litres) fut rapidement peint, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Les britanniques de leur côté utilisaient des réservoirs cubiques de 2 ou 4 gallons impériaux issus du civil. Ils furent plus pragmatiques et à partir de 1942 copièrent simplement le modèle allemand avec une contenance de 4,25 Imperial Gallon (19,3 litres).



     Alimentés par les pipe-lines, les camions citernes remplisent les jerrycans
                   qui seront ensuite distribués aux unités combattantes.
                               22 millions de jerrycans furent utilisés.


Dès 1944 l’armée française qui avait été équipée de jerrycans américains ou anglais, utilisa des kanisters allemands de prise. Elle lança aussi à cette époque ses propres fabrications de nourrices, très similaires aux kanisters auprès d’entreprises françaises, puis allemandes après 1945. Notons que l’armée française fit aussi fabriquer des nourrices de contenance 10 litres pour l’huile de cuisine et pour … le vin.

Pour différentier les liquides transportés, des médaillons métalliques étaient sertis sur les poignées. Leurs couleurs et les inscriptions embouties, reconnaissables de nuit sans éclairage, renseignaient sur la nature (essence, kérosène, diesel, huile) et sur les caractéristiques (teneur en octane, fluidité…) du liquide contenu. Les kanisters et jerrycans affectés au transport exclusif de l’eau potable, étaient aisément reconnaissables grâce à une croix faite à la peinture blanche sur leurs flancs.

Le jerrycan fut largement utilisé par les particuliers qui le récupérèrent en quantité au bord des routes où bien souvent les militaires les jetaient après usage dans le feu des combats. Puis après-guerre, les distributeurs pétroliers en achetèrent de grandes quantités aux surplus militaires pour commercialiser leurs produits, après les avoir repeints à leurs couleurs.

En tout, plusieurs dizaines de millions d’exemplaires furent fabriqués durant le conflit et la fabrication se poursuit toujours.

Pour beaucoup plus de détails, on consultera avec intérêt l’ouvrage de Philippe Léger, un collectionneur passionné, Jerrycan, 70 ans et toujours en service aux Editions Heimdal.

Jean-François Prevéraud

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