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5G : "Pour l'industrie, le modèle français est bien plus vertueux que le modèle allemand", se félicite Arnaud Vamparys, d'Orange

Kevin Poireault
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5G :

© Orange

A l’aube des premières attributions de fréquences 5G, Arnaud Vamparys, vice-président d’Orange en charge de la 5G, se félicite de la stratégie de la France qui devrait choisir, une fois de plus, les opérateurs comme seuls acquéreur de licences 5G. Un choix que n’ont pas fait ses voisins, l’Allemagne et le Royaume-Uni, qui veulent allouer une part du spectre directement aux industriels qui le désirent pour déployer des réseaux privés.

Industrie & Technologies : Le cycle d’attributions des réseaux 5G est enfin lancé depuis décembre 2019. Qu’est-ce que cela signifie pour les industriels ? Verra-t-on arriver la 5G dans les usines dès cette année ?

Non, je ne crois pas. J’imagine plutôt les premières machines industrielles connectées en 5G débarquer en 2021, voire 2022. Les acteurs industriels voient bien les intérêts de la 5G (faible latence, ultra haut-débit, possibilité de savoir avec exactitude quand un message entre deux appareils est envoyé et reçu) mais ils ont du mal à entrer dans le concret par manque d'objets compatibles avec la 5G disponibles sur le marché aujourd'hui. En 2020, les fabricants vont commencer à développer une diversité de terminaux mais les premiers équipements industriels (AGV, automates programmables, etc.) ne devraient apparaître sur le marché qu’en 2021.

Par ailleurs, beaucoup d’industriels vont attendre que les réseaux commerciaux soient lancés, une fois les fréquences effectivement attribuées aux opérateurs. Mais je milite pour qu’ils n’attendent pas aussi longtemps pour enclencher la phase de test : il y a déjà des choses réalisables en 4G et le standard 5G peut être compatible avec la 4G, donc il sera possible de convertir les appareils l’un après l’autre le moment voulu.

Orange a annoncé, en avril 2019, deux expérimentations de la 5G en usine, avec Schneider Electric et avec le groupe Lacroix. Qu’en est-il neuf mois plus tard ?

Le réseau 5G est effectif depuis fin 2019 dans l’usine existante de Schneider Electric à Vaudreuil, dans l’Eure. Nous testons l’utilisation de la réalité augmentée avec des techniciens de maintenance, avec un besoin d’ultra haut-débit, ainsi que des véhicules automatisés (AGV), pour lesquels nous avons aussi besoin de haut-débit pour avoir une bonne qualité de vidéo si jamais nous devons reprendre la main. Le but est aussi de paramétrer le réseau, c’est-à-dire de voir, sur un réseau local sans fil (WLAN) en 5G, quelle qualité de service nous pouvons garantir, comment on le connecte à des WLAN wifi ou encore comment on le sécurise en s’assurant que les données ne soient pas envoyées sur le réseau public lié – grâce à des pare-feu, par exemple.

Pour ce faire, nous avons densifié, à l’intérieur de l’usine, la couverture du réseau 4G public existant aux alentours avec des petites antennes 5G, appelées small cells, exploitant des fréquences entre 3,4 et 3,8 GHz, qui nous ont été attribuées pour le test. Nous avons ensuite ajouté une passerelle IoT pour connecter les machines à un cœur de réseau 5G, qui peut être commun à plusieurs sites. Nous allons bientôt appliquer ce même modèle dans l’usine de Lacroix, à Montrevault-sur-Evre, dans le Maine-et-Loire, un site en construction qui fait partie de leur projet Symbiose.

L’une des grandes promesses de la 5G industrielle est la possibilité de déployer des réseaux privés, avec un cœur de réseau dédié. Pourquoi n’avoir pas fait un tel choix ?

Si l’on devait créer un réseau privé pour chaque usine avec un cœur de réseau propre, l’installation serait extrêmement chère pour les clients ! Ce serait comme ouvrir un nouvel opérateur : en plus des appareils compatibles, dotés des bonnes cartes SIM, le client aurait besoin de se procurer tous les équipements réseaux adaptés.

Chez Orange, nous savons le faire : nous avons déployé un réseau privé en 4G pour le ministère de l’Intérieur, par exemple, grâce aux fréquences Professional Mobile Radio (PMR) dans la bande des 2,6 GHz. Mais pour nos clients industriels, nous préférons marier le meilleur des deux mondes en optant pour des extensions privées de réseaux publics.

Ne craignez-vous pas que les industriels se passent de vous pour gérer leurs réseaux 5G privés ?

Non, pas du tout. En 5G comme pour d’autres réseaux cellulaires, la qualité de service que l’on sera capable de garantir dépendra de la largeur de bande dont on disposera. On a de la chance en France : on n'a pas voulu trop fragmenter les fréquences [contrairement à l’Allemagne et au Royaume-Uni, aucune fréquence 5G ne devrait être réservée directement aux industriels en France, ndlr]. Je ne dis pas qu’il ne faut pas de concurrence - il y a quatre opérateurs en France et je ne le remets pas en cause -, mais les opérateurs disposent d'un savoir-faire qu’il faudra utiliser.

Par exemple, un certain nombre d'objets ne resteront pas que sur le site industriel : nos clients vont avoir besoin qu’ils fonctionnent en-dehors de l’atelier ou dans plusieurs usines. Sans compter que toutes les entreprises, en France comme ailleurs, n’ont pas forcément les moyens de gérer elles-mêmes un réseau privé.

Le modèle français est-il donc meilleur que le modèle allemand ?

Tout à fait ! Il y a un certain nombre d’années, on avait voulu réserver des fréquences pour le Worldwide Interoperability for Microwave Access (WiMAX), qui ont finalement été très peu déployées ensuite car plus on dédie des fréquences à un usage très spécifique, moins l'écosystème va être riche et moins il y aura de déploiement. Prenez la bande des 26 GHz, que nous testons dans la gare de Rennes avec la SNCF. Cette très haute bande de fréquences garantira le plus haut débit jamais atteint en cellulaire mais elle fonctionne principalement en environnement ouvert. Elle passe très peu les murs. Il faut donc pouvoir associer les fréquences basses, qui apportent une meilleure couverture en relais des fréquences hautes, qui garantissent une capacité optimale du réseau là où c’est nécessaire.

Les réseaux publics sont déjà pourvus de tous les types de fréquences, basses et hautes. Il suffit de densifier au bon endroit. C'est ce qu'on fait chez Schneider Electric et ailleurs pour nos autres clients. C’est pourquoi le modèle français, qui propose aux entreprises de faire une extension privée sur un réseau public, est, je crois, bien plus vertueux que le modèle allemand. Ce sera à nous, opérateurs, de le prouver dans les années qui viennent.

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