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500 brevets par an d'ici à 2010

Propos recueillis par Michel Le Toullec
- Créée en 2003, la direction de la valorisation du CEA a pour mission d'intensifier les collaborations entre ses laboratoires de recherche - qui comptent au total 11 500 scientifiques - et les entreprises, en France et à l'étranger. Son action est organisée en trois activités : le marketing stratégique, la négociation des contrats et la propriété industrielle, l'essaimage. Résultat, le CEA n'a jamais déposé autant de brevets, environ 350 en 2006, et le nombre de créations d'entreprises par ses chercheurs progresse.

Industrie et Technologies : Quels sont les axes de la politique de valorisation du CEA que vous mettez en oeuvre depuis novembre 2004 ?

Jean-Charles Guibert : La valorisation de notre offre technologique est au coeur des priorités du CEA qui joue ainsi un rôle d'acteur essentiel dans la chaîne économique en favorisant le développement de ses partenaires industriels. Depuis la création, en juillet 2003, de la direction de la valorisation, il s'agit de promouvoir et faciliter l'utilisation des innovations disponibles au sein du CEA, qui seront au coeur d'accords de transfert de technologies ou de création de start-up. Cela permet au CEA d'accroître ses ressources propres pour financer le développement de ses nouvelles technologies et de mieux se positionner par rapport à la concurrence. Pour y parvenir, la direction de la valorisation est organisée en trois activités : le marketing stratégique, la négociation des contrats et la propriété industrielle, l'essaimage.

I. T. : Qu'entendez-vous par marketing stratégique ?

J.-C. G. : En amont de la valorisation proprement dite, nous avons mis en place une activité d'études marketing, à l'image de ce qui existe dans l'industrie. À une différence près : il s'agit pour nous d'étudier des marchés qui n'existent pas encore. En 2006, notre bureau d'études marketing a réalisé plus de vingt études, chacune demandant plusieurs mois de travail. Après avoir discuté avec un laboratoire à l'origine d'une technologie innovante, nous lui proposons de sélectionner les applications potentielles et de contacter les industriels concernés. L'étude est financée en partie par le laboratoire concerné pour l'impliquer dans la démarche.

Cette action ne se limite pas bien sûr à l'Hexagone : nous avons des "marketer-business developers" qui travaillent sur différentes zones géographiques, en Asie, aux États-Unis, en Europe de l'Est et dans des pays émergents technologiquement comme le Brésil ou le Vietnam. Outre les transferts de technologies, les études de marketing peuvent aussi porter sur des projets de création de start-up issues du CEA en qualifiant leur business model ou encore sur l'orientation de programmes de R&D de laboratoires.

I. T. : Quels sont les résultats concrets de votre démarche de valorisation ?

J.-C. G. : En termes de propriété industrielle, le CEA n'a jamais autant déposé de brevets : environ 350 en 2006, ce qui représente 11 millions d'euros de frais, mais est couvert par les recettes induites. Dans le tout dernier palmarès des déposants français de brevets, présenté par l'INPI en avril dernier, le CEA est monté à la cinquième place et est devenu le premier organisme de recherche selon ce critère. Notre ambition est de déposer 500 brevets par an d'ici à 2010. L'enjeu, à terme, est de sécuriser l'ensemble de nos innovations pour représenter une masse critique suffisante dans les opérations de fusion-acquisition qui vont sans doute apparaître d'ici dix à quinze ans dans le domaine de la recherche. Le Laboratoire d'électronique et des technologies de l'information (Léti) dépose à lui seul plus de 160 brevets par an, dont 41 % sont engagés dans des licences d'exploitation ou des partenariats avec des entreprises.

I. T. : Quelles sont vos actions en faveur de l'essaimage ?

J.-C. G. : Les porteurs de projets de création d'entreprises issus du CEA peuvent d'abord s'appuyer sur nos services spécialisés pour les questions juridiques, de marché ou de propriété industrielle. Ensuite, un appui logistique leur est apporté par la délégation à l'essaimage. Le dispositif d'essaimage lui-même prévoit plusieurs mesures d'appui spécifiques au CEA. Le chercheur candidat à la création d'entreprise peut notamment bénéficier de la prise en charge temporaire de son salaire, d'un prêt d'honneur atteignant 40 000 euros et d'un congé avec droit de retour jusqu'à quatre ans. Des outils financiers sont également prévus pour la phase de création, comme CEA Valorisation, qui peut être cofondateur de l'entreprise, et le fonds d'amorçage Emertec.

Ces actions portent aujourd'hui leurs fruits : 173 entreprises ont été créées sur la période 1984-2006, dont 51 sur la période 2000-2006. Le taux de survie de ces entreprises à cinq ans est de 75 %. Parmi les exemples les plus significatifs d'essaimage, on peut citer EFCIS, base de STMicroelectronics, numéro un mondial des systèmes sur puce, Soitec, numéro un mondial des plaques en silicium sur isolant et Sofradis/Ulis, numéro un mondial en imagerie infrarouge.

I. T. : Quelles sont les créations d'entreprises les plus récentes ?

J.-C. G. : Plusieurs projets portés par des chercheurs du CEA-Léti ont été primés en 2006 au Concours national d'aide à la création d'entreprises. Parmi eux, Movea concerne des microsystèmes capables de quantifier le mouvement dans le domaine de la santé. Autre projet primé, Cella BioSearch est issu de la direction des sciences de la matière et vise à valoriser des tests miniaturisés de mesure d'activités de réparation de l'ADN. Nous espérons aussi avoir plusieurs de nos start-up dans les lauréats du concours 2007. Par exemple, Microoled dans le domaine de l'imagerie Oled pour des applications multiples telles que les lunettes vidéo, ou encore Kwele, un projet sur la caractérisation térahertz pour, entre autres, des applications dans le domaine agricole. -

LES CHIFFRES CLÉS

La R&D au CEA - 11 500 chercheurs - 3,21 milliards d'euros de budget - Environ 350 brevets déposés en 2006 - 9 centres de recherche - 62 unités mixtes de recherche

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