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C’est pas nouveau, quoique !

3 300 personnes cachées derrière un pneumatique

Jean-François Preveraud
3 300 personnes cachées derrière un pneumatique

Un bâtiment destiné à favoriser la co-conception.

© DR

Le pneumatique automobile est un produit vieux de près de 130 ans, pourtant il ne cesse d’évoluer grâce aux efforts incessants des manufacturiers pour être à la fois plus performant, plus sûr, plus durable et plus respectueux de l’environnement. Des objectifs qui chez Michelin mobilisent plus de 3 000 personnes en R&D dans le centre de Ladoux. Un centre qui fait l’objet d’un projet de modernisation de 270 millions d’euros.

Le pneumatique automobile est une longue suite d’innovations qui débute par la découverte puis l’industrialisation de la vulcanisation du caoutchouc. Difficile de dire qui de Charles Goodyear, de Thomas Hancock et de Hiram Hutchinson a le plus contribué vers 1837 à la compréhension, puis la mise au point de ce procédé, qui permet d’améliorer par un processus thermo-chimique les caractéristiques mécaniques d’un élastomère naturel, afin de pouvoir l’utiliser industriellement.

Un matériau qui fut d’abord utilisé pour rendre des vêtements étanches, puis pour confectionner des tuyaux ou des courroies, notamment par Robert Friedrich Metzeler en Allemagne ou Giovanni Battista Pirelli en Italie. A la fois souple et résistant il fut aussi utilisé pour garnir les roues des fiacres en remplacement des cerclages en fer pour améliorer la tenue de route, le confort des passagers et diminuer le bruit de roulement sur les pavés. Mais, c’est l’écossais John Boyd Dunlop qui eut l’idée en 1887 d’utiliser des tubes de caoutchouc remplis d’air pour améliorer ces caractéristiques sur le vélo de son fils. Le pneumatique était né. L’invention brevetée en 1888 rencontra un succès immédiat dans le monde vélocipédique, même si les nombreuses crevaisons étaient difficiles à réparer.

En fait, ce sont les frères André et Edouard Michelin qui popularisèrent l’invention en créant le premier pneumatique démontable avec une chambre à air en 1891 et en l’appliquant à l’automobile. Ils iront, pour démontrer le bienfondé de leur invention, jusqu’à réaliser en 1895 leur propre voiture, L'Éclair, et à l’engager dans les courses rythmant les débuts de l’industrie l’automobile. Dès 1899, les pneumatiques Michelin dépasseront les 100 km/h sur la voiture électrique Jamais contente de Camille Jenatzy.

Au tournant du siècle, les pneus sont renforcés par une ceinture métallique dans les talons les positionnant sur la jante, pour améliorer leur tenue et leur rigidité, mais c’est en 1937 que Michelin les dote d’une carcasse en acier, puis d’une carcasse radiale en 1946. Un principe constructif utilisé depuis par tous les manufacturiers.

Entre temps, le pneumatique sera devenu courant sur de nombreux véhicules outre les vélos et les autos (motocyclette, poids lourds, engins agricoles et de chantier, train avec la Micheline en 1929, métro sur pneumatiques en 1951, etc.).

Un tour du monde toutes les 12 minutes !

Pour faciliter l’innovation, Michelin a été le premier manufacturier au monde à imaginer des pistes d’essai pour tester ses pneus dans des conditions réelles. Pour cela il s’est doté dès 1965 à proximité immédiate de Clermont-Ferrand, du Centre de Technologie de Ladoux, qui concentre une grande part de l’activité de Recherche et Développement du Groupe. Outre les pistes d’essai, il comporte aussi des laboratoires de recherche fondamentale et des ateliers de validation industrielle des fabrications. La concentration des multiples domaines d’expertise sur un même site, de la recherche sur le génome de l’hévéa jusqu’aux tests dynamiques sur les différents tracés, favorise non seulement l’innovation, mais également une grande réactivité.

Sur une superficie de 450 hectares, ce site comporte 79 bâtiments et 21 pistes d’essais (43 km) où travaillent 3 300 personnes, soit la moitié des équipes de Recherche & Développement du groupe. Plus de 70 % des pneus Michelin qui roulent dans le monde y sont développés. Chaque année, Michelin y conçoit environ 15 000 prototypes et réalise près de 2 milliards de kilomètres en roulage, soit un tour du monde toutes les 12 minutes ! C’est aussi un fabuleux outil de productivité, ainsi le nouveau pneu été homologué hiver CrossClimate a pu y être développé en 36 mois au lieu des 56 initialement prévus.

Ladoux est l’un des trois maillons qui forment le Centre de Technologie mondial de Michelin déployé sur trois continents (Amérique du Nord, Asie et Europe) et qui emploie au total 6 000 personnes (chercheurs, ingénieurs, développeurs, testeurs…). Il a généré plus de 10 000 brevets actifs, qui protègent la puissance d’innovation de Michelin à travers le monde. Michelin a investi en 2014 un budget de 656 millions d’euros en Recherche & Développement.

270 millions d’euros pour moderniser Ladoux

En perpétuelle évolution depuis 50 ans pour s’adapter aux nouveaux défis de la mobilité, le Centre de Technologie de Ladoux entre aujourd’hui dans une étape importante de sa modernisation, avec la première concrétisation d’un projet de 270 millions d’euros, Urbalad (URBAnisation de LADoux), destinée à faciliter la circulation des hommes et des idées. Il sera pleinement opérationnel début 2018.

Au cœur de ce projet se trouve le Campus RDI (Recherche, Développement, Industrialisation), qui occupe une superficie de 7 hectares. Livré en deux phases, dont une première cet automne, ce plus grand bâtiment d’Auvergne (67 000 m²), parfaitement intégré et conçu pour une faible consommation énergétique, abritera à terme 1 600 postes de travail. Etudié pour favoriser les démarches de co-conception et les transferts rapides de compétences, il comportera 80 plates-formes de 300 m², modulables selon les besoins, rassemblant chacune une vingtaine de personnes qui pourront travailler de façon transverse et pluridisciplinaire. Son architecture audacieuse veut aussi inscrire la performance du pneumatique au cœur de l’édifice en reliant les pôles d’expertise matériaux et pneus en enjambant le circuit d’essais. Ce concept favorisera l’interconnexion des compétences et, au-delà, la qualité de vie au travail avec des services mieux adaptés aux besoins des personnes.

Le groupe Michelin s’apprête ainsi à disposer d’un nouvel outil de travail adapté aux modes de fonctionnement dont l’entreprise a besoin aujourd’hui. Il favorisera les démarches de co-conception et de réalisation de projets transverses, tout en permettant de soutenir les échanges et les transferts de compétences au sein du réseau RDI Monde.

Et ça, c’est nouveau !

Jean-François Prevéraud

Pour en savoir plus : http://www.michelin.com

 

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