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[2020 en technos] Quantique : le virage français prend forme sans plan national

Martin Clavey
[2020 en technos] Quantique : le virage français prend forme sans plan national

© Pierre Metivier

Alors que les avancées technologiques de l’informatique quantique avancent à grands pas, les industriels français essayent de ne pas prendre trop de retard sur les géants américains dans le prometteur virage de l’informatique quantique. Si, en début d’année, les autorités françaises montraient leur volonté de ne pas se laisser distancer, elles ont finalement reporté à deux fois l’annonce de leur plan quantique.

L’informatique quantique devrait être l’un des virages technologiques de ces prochaines années. Les industriels et le gouvernement français le savent et espèrent ne pas perdre trop de temps par rapport aux géants comme Google et IBM, qui ont déjà investi le secteur, ainsi que la recherche chinoise, en pointe sur le sujet.

Si le Covid-19 a ralenti le plan de financement français du secteur, les chercheurs et industriels ont continué à avancer. Le consortium de la recherche française Quantum Silicon Grenoble, la startup Pasqal mais aussi des acteurs plus classiques comme Total, Thalès, Atos, Bpifrance ou encore la région Ile-de-France se sont positionnés dans l’écosystème français du quantique.

La R&D mondiale s’active

En octobre 2019, Google démontrait avec sa puce Sycamore, que la voie du quantique était définitivement ouverte. En cette fin d’année, les chercheurs chinois de l’University of Science and Technology of China (USTC) de Shanghai s’y engouffraient un peu plus en démontrant la supériorité d'un calculateur à photons sur un supercalculateur classique, dans le cadre d'un calcul de test poussant l’algorithmie classique à se surpasser pour rester dans la course.

Du côté de l’internet quantique, une équipe de chercheurs a réussi, en juin dernier, à faire générer des paires de photons intriqués par un nano-satellite. Cette avancée permet d’imaginer un réseau quantique global sécurisé économiquement compétitif.

Les chercheurs en cryptologie, eux, se disent déjà prêts à l’arrivée de l’ordinateur quantique. Le sujet principal de l’événement Crypto 2020 était la cryptographie post-quantique, dont le but est de trouver des modèles de chiffrement résistants aux futurs ordinateurs quantiques. « Si demain, IBM ou Google sortait un ordinateur quantique à grande échelle, la communauté des cryptologues serait prête », déclarait Thomas Espitau, un des chercheurs français participant à l’événement.

Le plan quantique français traîne à être présenté

Alors que le rapport Forteza, publié en début d’année et titré « Quantique : le virage technologique que la France ne ratera pas », affichait une volonté d’aider le plus rapidement possible l’écosystème français du quantique et ne pas perdre trop de distance avec les géants américains et chinois, le plan quantique des autorités françaises n’a toujours pas été dévoilé. Il devait pourtant être présenté le 4 novembre lors du Quantum Computing Business de Bpifrance mais, en plein reconfinement, la volonté d’Emmanuel Macron de le présenter en personne a repoussé son annonce.

Quantum Silicon Grenoble, pari audacieux et ambitieux

Pourtant, le rapport Forteza pointait plusieurs points forts sur lesquels la France pourrait s’appuyer pour organiser son industrie du quantique, dont le projet Quantum Silicon Grenoble, un programme visant à bâtir un ordinateur quantique universel basé sur le silicium. Ce projet, issu d'un consortium rassemblant des chercheurs du CEA et de l’institut Néel-CNRS, ne cherche pas à « aller aussi vite que Google et IBM, mais à les dépasser », selon Maud Vine, en charge du programme pour le CEA Leti.

La communauté quantique française s’organise

L’écosystème du quantique français ne se démobilise pas. En mars dernier, il s'est réuni lors de la Deep Tech Week pour faire le point autour d’Atos, de Thalès et des startups du secteur, mais aussi avec le ministère des armées pour qui « rater la révolution quantique nous empêche de dormir ».

Le géant de l’énergie Total est aussi venu montrer son intérêt pour le quantique lors du Quantum Computing in Paris-Saclay et n’est pas peu fier de faire partie des early adopters français. Positionné en utilisateur de la technologie, Total veut utiliser le calcul quantique et collaborer avec l’écosystème pour atteindre son objectif « zéro émission carbone » d’ici 2050 et modéliser des systèmes chimiques et des matériaux.

La région Ile-de-France n'a, quant à elle, pas attendu le déconfinement et l'annonce du plan national pour annoncer une enveloppe de 2,5 millions d’euros pour soutenir des projets de technologies quantiques et consolider la communauté quantique française autour de son territoire.

Enfin, cet automne, Atos a annoncé sa collaboration avec la startup Pasqal pour développer un accélérateur quantique basé sur la technologie des atomes froids, maîtrisée par la jeune pousse issue de l'Institut d'optique de Palaiseau.

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