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[2020 en technos] La filière hydrogène change d’échelle

Aline Nippert
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[2020 en technos] La filière hydrogène change d’échelle

Electrolyseur de grande capacité de McPhy.

© McPhy

2020 marque un tournant pour l'hydrogène avec l'annonce d'investissements publics massifs en France et en Europe. De quoi permettre à la filière industrielle de l'hydrogène de se structurer et changer d'échelle. Des projets d’usines de piles à combustible et de production d'hydrogène vert par électrolyse ont été lancés. Des alliances industrielles sont nées.

L’hydrogène vert, énergie du « monde d’après » ? Dans son plan de relance post-Covid, la France a décidé de consacrer 7 milliards d’euros à la filière hydrogène d’ici 2030 ; une orientation proche de celle de l’Allemagne (qui y investit également 7 milliards d’euros sur 10 ans) et de l’Union européenne dans le cadre de son plan stratégique. Portée par des politiques économiques ambitieuses, les industriels du secteur affichent leur optimisme : des alliances s’opèrent, la filière européenne se structure.

L'Europe a élaboré une feuille de route pour atteindre quarante fois sa production d'hydrogène vert actuelle d'ici à 2030

La Commission européenne a présenté le 8 juillet un plan stratégique pour l’hydrogène qui vise à développer la demande et les capacités de production d’hydrogène vert par électrolyse de l’eau. Alors que la capacité d’électrolyse installée aujourd’hui sur le continent ne dépasse pas 1 gigawatt (GW), l’objectif est d’atteindre 40 GW d’ici à 2030 pour produire 10 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable par an. Un jalon intermédiaire en 2024 est fixé à 6 GW pour un million de tonnes d’hydrogène renouvelable produites par an.

La France suit le mouvement et dote le secteur hydrogène de 7 milliards d'euros d'ici 10 ans dans le cadre du plan de relance

Sur les 100 milliards d’euros consacrés par le gouvernement français au plan de relance post-crise du Covid-19, 2 milliards seront dédiés à la filière hydrogène dans les deux prochaines années, auxquels s’ajouteront 5 milliards d’ici à 2030. « C’est un plan ambitieux qui nous donne de la visibilité sur la décennie et qui va nous permettre d’accélérer et de changer d’échelle par rapport à la dynamique lancée par le Plan national hydrogène de 2018 », s'est réjoui Philippe Boucly, le président de France Hydrogène (ex-Aphypac).

La structuration de la filière se confirme en Europe, avec l'annonce de futures usines de production de piles à combustible...

Fondée en mars 2019, la start-up Energy Observer Developments (EODev) a annoncé le 17 septembre vouloir produire en série ses technologies hydrogène – un groupe électrogène à l'hydrogène, une pile à combustible pour la propulsion et l'alimentation en électricité des bateaux et une station-service hydrogène flottante – chez Eneria, dans l'Essone. L'annonce faisait suite à une levée de fonds de 20 millions d’euros.

Symbio, spécialiste de la pile à combustible, compte démarrer la construction de son usine en avril prochain, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. « L'essentiel de la production sera sans doute fait [là-bas]. Nous y commencerons la production et le développement de l'outillage et des machines de fabrication », a déclaré son président exécutif, Fabio Ferrari, à Industrie & Technologies le 26 février.

... et même d'alliances entre grands industriels

Hydrogène de France et la division marine d'ABB ont annoncé le 8 avril avoir signé un protocole d’entente pour intégrer des piles à combustible de forte puissance – plus d’un mégawatt (MW). Les applications concernent l’alimentation à quai de gros navires et la propulsion de plus petits.
Dans le secteur de la mobilité, le français Plastic Omnium et l’allemand ElringKlinger ont annoncé le 29 octobre la signature d’un accord visant à créer EKPO Fuel Cell Technologies. La coentreprise est dédiée à l’industrialisation de piles à hydrogène pour véhicules particuliers (80% de l'activité) et professionnels (20%).
Plastic Omnium a d’ailleurs rappelé, le 26 novembre, avoir investi 200 millions d’euros pour développer les technologies hydrogène depuis 2015. L'équipementier accélère en prévoyant d'investir 100 millions par an.

Reste à surmonter un obstacle majeur, en amont de la filière : produire massivement l'hydrogène à partir de ressources décarbonées

L'entreprise Lhyfe parie une production d'hydrogène par électrolyse de l'eau en utilisant de l'électricité d'origine éolienne offshore. Elle s'est associée, le 30 juin, avec le CEA Tech, le consortium européen Marine energy alliance (MEA) et l’Institut de recherche pour le développement (IRD) afin de préparer le déploiement de sa technologie en mer.
Dans l’ouest de la France, Engie Solutions s’est associé à Morbihan Energies pour créer la société Hygo, visant à développer un écosystème hydrogène local. Les partenaires ont annoncé, le 6 mars, leur projet de centrale de production d’hydrogène à partir d’énergie renouvelable qui alimentera notamment l’usine Michelin à Vannes ainsi qu’une station de recharge pour véhicules à proximité.
Le français McPhy continue de son côté à pousser sa technologie d'électrolyse alcaline. Un électrolyseur de sa confection de 2 MW a été mis en service l'été dernier à Laage en Allemagne pour la société Apex Energy, il doit produire 300 tonnes d'hydrogène décarboné par an. Une première étape pour McPhy qui souhaite jouer sur les économies d'échelle en développant des électrolyseurs de plus grande capacités (20 MW voire 100 MW).

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