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12 logiciels pour réduire et maîtriser les émissions de carbone

ÉLIANE KAN / AGENCE TCA
Réduction des gaz à effet de serre oblige, les entreprises de plus de 500 salariés devront réaliser un bilan de leurs émissions des gaz à effet de serre avant le 31 décembre 2012. Un décret est en préparation. Une opération à renouveler tous les trois ans. De quoi inciter les industriels à s'intéresser aux logiciels de gestion des émissions de carbone. En vue, une meilleure maîtrise des coûts énergétiques et des risques financiers qui y sont liés.

C'est imminent ! En application de la loi Grenelle de l'environnement du 12 juillet 2010, les entreprises de plus de 500 personnes devront réaliser leur bilan des gaz à effet de serre (GES) avant le 31 décembre 2012, prévient Laurence Gouthière, chargée de mission à l'Ademe. Le législateur prévoit même d'obliger ces quelque 2 400 entreprises à refaire un bilan tous les trois ans. À cela devrait s'ajouter (sans qu'une date ne soit encore fixée) l'obligation d'apposer sur certains produits une étiquette environnementale mentionnant, entre autres, les émissions de carbone. Autant dire que ces contraintes réglementaires aiguisent l'appétit des éditeurs de logiciels de gestion des émissions de CO2. Un secteur sur lequel se positionnent plusieurs dizaines d'offres. « Les outils disponibles vont du simple tableur Excel à des suites logicielles dédiées en passant par l'intégration de module de management environnemental au sein de progiciel de gestion intégrée (PGI) », résume Thomas de Lacharrière, responsable des offres Green IT chez Devoteam, une société de conseil. Parmi ces sociétés on trouve des purs players comme Carbon Hub, Greenstone Carbon Management ou Verteego font face à des Enablon, SAS, ou encore SAP provenant du reporting environnemental ou financier. Points communs, leurs solutions sont conçues pour collecter et gérer les données mais aussi analyser, simuler et suivre les actions de réduction des émissions de CO2.

Difficile collecte des données

Ces acteurs se positionnent sur un marché longtemps dominé par le logiciel Bilan Carbone proposé depuis 2004 par l'Ademe et développé sur la base d'un tableur Excel. L'outil est assorti d'une méthodologie éponyme qui comptabilise les gaz à effet de serre engendrés par leur activité. Compatible avec la norme Iso 14 064 et avec le Green House Gas (GHG) Protocol adopté par les entreprises internationales, cette méthode est embarquée en France sur tous les logiciels de gestion du carbone. Elle nécessite de collecter tous les flux physiques contribuant à l'activité de l'entreprise. Il s'agit, entre autres, des consommations d'énergie des bâtiments, des équipements de production, du nombre de kilomètres parcourus par les salariés en déplacement, etc. Les fournisseurs sont aussi mis à contribution pour constituer une photographie la plus précise possible des émissions des GES.

Une fois saisies dans un logiciel dédié, ces données sont converties en équivalent carbone par des « facteurs d'émission ». Ces derniers sont généralement associés à un territoire sachant que les modes de transport ou la manière de produire un kilowatt d'électricité varie d'un pays à l'autre. À titre d'exemple, l'Ademe a adapté son guide des facteurs d'émission pour Mayotte et les Dom-Tom. « Des adaptations pour la Chine et la Tunisie sont en cours », indique Laurence Gouthière, en charge de Bilan Carbone à l'Ademe.

Maîtrise des risques financiers

L'évaluation fournie par Bilan Carbone et par ses concurrents comporte bien sûr des marges d'incertitude sachant que les données d'entrée et les facteurs d'émission correspondent souvent à des moyennes. Cette incertitude peut varier de 20 à 50 % indique Thierry Rudowski, cofondateur de Zen'to, un intégrateur spécialisé dans les logiciels de gestion du carbone. Mais peu importe, ce qui est important c'est de mesurer un niveau de départ et de suivre les actions de réduction des émissions de GES.

Pour la majorité des TPE et PME, le logiciel de l'Ademe peut suffire. En revanche, pour les plus grosses PME et les grandes entreprises, l'utilisation de ce logiciel trouvera rapidement ses limites. Principale raison : les données doivent être collectées et saisies manuellement. Ce qui n'est évidemment pas le cas des autres logiciels disponibles sur le marché qui facilitent le suivi en temps réel des actions grâce à l'automatisation de la collecte et à la mise à jour des tableaux de bord. Ces logiciels intègrent en effet des interfaces qui vont rechercher les données situées dans des applications métiers ou transmises par des capteurs. À l'instar d'Enablon installé sur le marché depuis 2002 ou de Verteego (marque commerciale d'Emerald Vision) qui se distingue lui aussi par la facilité de collecte des données, du calcul et du reporting. Cet acteur opérant depuis 2008 en France est depuis peu partenaire de Sage, l'éditeur de progiciel de gestion intégrée. « Nous fournissons un module de gestion comptabilité carbone dans son ERP X3 », explique Rupert Schiessl, cofondateur de cette start-up qui compte plus de 25 personnes, un siège à Paris et des partenaires en Amérique du Nord. « Nous avons une centaine de clients sur notre plate-forme SaaS qui gère entre 600 et 700 sites en moyenne ». Autre champion du reporting, SAS récupère lui aussi les données provenant de n'importe quel ERP ou base de données. « Notre approche analytique permet aux utilisateurs de savoir comment est dépensé le carbone et qui est le plus gros consommateur », explique Jérôme Cornillet, responsable développement durable chez SAS. « Ensuite, l'outil évalue sur quel type de métiers les actions seront les plus profitables ».

Idem pour le logiciel Carbon Impact proposé par SAP, le géant du progiciel de gestion intégrée qui a acheté l'an dernier Clear Standard, son éditeur. « En dépit de son nom, cette solution traite également la production de déchets et la consommation d'eau », fait valoir Hélène Joubert en charge des solutions développement durable chez l'éditeur SAP. « En plus des tableaux de bord financier et marketing, notre logiciel délivre un outil de simulation financière. Cela permet de voir l'impact d'une hausse des matières premières ; de hiérarchiser les actions et de les piloter », poursuit la spécialiste qui rappelle que l'environnement constitue désormais un des critères de la mesure de la performance financière des entreprises.

Autre tendance forte, l'émergence d'offres verticales destinées à répondre à un besoin métier. C'est notamment le cas de GFI qui a d'abord opté pour le logiciel de Greenstone afin d'outiller sa politique de développement durable. Faisant d'une pierre deux coups, l'entreprise propose désormais à ses clients grands comptes de mesurer l'impact de leurs infrastructures informatiques et des solutions d'optimisation. Idem pour Colt Telecom dont la maison mère a choisi le logiciel ENX. Du coup, la filiale France a développé avec Zen'to un pilote qui va collecter les données pour les mettre au format Bilan Carbone. Grâce à quoi, elle peut proposer à ses clients un service qui permet de savoir combien consomment les infrastructures télécoms qui leur sont dédiées et les aider à optimiser leurs démarches. Une première pour le secteur des télécoms. « Les outils verticaux vont se développer », prédit d'ailleurs Thierry Rudowski. En témoigne le module développé dans la solution de transport de DDS Logistix. Idem pour les éditeurs de CAO comme PTC et Solidworks. Tous deux proposent un module de gestion des GES à l'échelle du futur produit. Dans les deux cas, le logiciel va jusqu'à proposer des solutions de matériaux alternatifs qui réduisent les conséquences négatives pour l'environnement.

Voir le pdf pour le tableau comparatif et les images.

CHIFFRE

4 000 bilans carbone ont été réalisés depuis 2004, dont la moitié par des PME et l'autre moitié par des grandes entreprises. (Source : Ademe).

LE PLUS COMPLET

CARBON IMPACT DE SAP Ce logiciel mesure l'impact environnemental d'une entreprise aussi bien à l'échelle de son organisation et des salariés qu'au niveau de ses produits. Généraliste, il gère les émissions de GES, la production des déchets et la consommation d'eau. Le logiciel sait gérer des projets de réduction, faire des reporting en Bilan Carbone et consolider au niveau du siège en GHG Protocol. Par ailleurs, il dispose d'un mini ACV (analyse du cycle de vie) et d'un blog pour sensibiliser les salariés. FICHE TECHNIQUE Prix : à partir de 25 000 euros par an. Possibilité de personnaliser les facteurs d'émission. Collecte des données à la main ou provenant de fichiers électroniques ou d'ERP.

LE PLUS COLLABORATIF

CARBON HUB DE CARBON HUB Pour réduire son empreinte carbone, l'entreprise doit mobiliser tous ses employés. Une préoccupation que l'éditeur franco-britannique Carbon Hub a bien compris puisque son logiciel se caractérise parses processus collaboratifs. À titre d'exemple, chaque projet dispose de son propre espace de travail avec la mise en commun d'outils de mesure et de suivi des actions. Cette offre s'adresse aux grandes entreprises de plus de 2 000 salariés. Mais une version pour les TPE-PME est prévue pour janvier prochain. ccFICHE TECHNIQUE Prix indicatif : de 300 euros pour une TPE à 2 000 euros par an pour une entreprise de 500 personnes. Méthodes embarquées : Bilan Carbone, GHG Protocol. Collecte des données manuellement ou par intégration de données provenant d'ERP.

LE PLUS RÉPANDU

BILAN CARBONE DE L'ADEME La version 6.1 de Bilan Carbone de l'Ademe se compose d'un premier tableur Excel dit « principal » qui calcule les émissions, les compare entre elles d'une année sur l'autre et évalue le potentiel des actions de réduction. Trois autres utilitaires servent à calculer notamment les tonnes/kilomètre et à simuler le risque financier en cas d'augmentation du coût des énergies fossiles ou de l'instauration d'une taxe sur les émissions de GES. FICHE TECHNIQUE Le prix : 1 250 euros comprend l'utilitaire et un stage préalable de deux jours de formation à l'outil. Ce logiciel est en cours d'adaptation pour être utilisé en Chine et en Tunisie.

« Bilan Carbone nous aide à réduire l'empreinte environnementale de notre activité »

ÉMILIE BOUCHEZ RESPONSABLE R&D DE LA MENUISERIE BEL'M

« Nous avons mis en place il y a deux ans le logiciel Bilan Carbone pour mesurer et réduire les émissions de CO2 liées à notre activité industrielle. Dans cette perspective, nos quatre usines nous transmettent leurs niveaux de consommations d'énergie, d'eau, et de déchets. Idem du côté des fournisseurs qui nous envoient soit des informations relatives à leurs produits soit des valeurs moyennes par site. Le logiciel Bilan Carbone nous permet aussi d'étudier la mise en oeuvre d'équipements moins gourmands en énergie. Nous pouvons aussi simuler des variantes au niveau de nos futurs produits en remplaçant par exemple un composant existant par un matériau recyclé. Les mêmes données servent aussi à alimenter notre logiciel d'analyse de cycles de vie Simapro de Pre avec lequel nous produisons nos étiquettes environnementales. »

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