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Applis de santé : peut-on leur faire confiance ?

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Par publié le à 10h00

Applis de santé : peut-on leur faire confiance ?

Un Français sur dix utilise des applications ou des objets connectés dédiés à la santé... dont l'efficacité ou même l'innocuité sont mal contrôlées. L'Ordre des médecins plaide pour une labellisation publique. Les développeurs, regroupés au sein de l'association France eHealth Tech, préféreraient un simple guide de bonnes pratiques. Nous avons recueilli leur point de vue.

Industrie & Technologies : On compte aujourd'hui près de 295 000 applis de santé dans le monde, pas toujours très bien différenciées de celles dédiées au « bien-être ». Ne serait-il pas souhaitable de mieux identifier celles ayant une réelle ambition médicale ?

JACQUES LUCAS, vice président du conseil de l'ordre des médecins : La frontière entre santé et bien-être est ténue, le domaine de la santé pouvant débuter dès la prévention ou l'éducation. Dans le domaine du bien-être, la fiabilité de l'appli n'engage que peu la sécurité de l'usager. Il n'en est pas de même s'il s'agit d'une application médicale.

GUILLAUME MARCHAND, président de France eHealth Tech : Les applications, disponibles en ligne sur des « stores », sont catégorisées par les éditeurs. Certaines d'entre elles le sont mal, parfois à dessein : il est plus facile d'atteindre le top 10 dans la catégorie médecine, moins dense, que dans la catégorie bien-être. Mais l'essentiel, c'est que l'indication soit claire pour l'usager. S'agit-il d'une appli pour perdre du poids rapidement - fitness donc - ou d'une appli de nutrition dans une pathologie gastro-intestinale ?

Seuls 24 % des concepteurs des applications les plus téléchargées en France déclaraient en 2015 avoir fait intervenir un professionnel de santé. Afin de protéger le consommateur, faut-il créer un label public ?

G. M. Je ne pense pas qu'il faille se focaliser sur l'aspect certification. Des applis pertinentes aujourd'hui, on en compte peu. Sur les 1 200 auditionnées par l'organisme certificateur privé DMD Santé depuis 2012, seules 31 seraient conformes au droit et réellement utiles aux patients. Pour ne pas bloquer l'innovation, commençons par éduquer le marché et délivrer un guide de bonnes pratiques permettant de développer des applis conformes, comme le fait la Haute Autorité de Santé.

J. L. Aujourd'hui, n'importe qui peut mettre en ligne une application médicale ou de bien-être sans qu'aucune autorité scientifique n'en valide la pertinence. Afin de s'assurer de leur fiabilité, le conseil de l'Ordre des médecins souhaite la mise en place d'un label public qui garantirait la confidentialité des données, la sécurité informatique, logicielle et matérielle de l'application, et sa validation scientifique. Pour ne pas brider l'innovation, l'État ne serait pas directement labellisateur, mais transmettrait un cahier des charges à des organismes certificateurs accrédités, publics ou privés, avec un contrôle effectif de son respect. Un tel label permettrait au médecin de prescrire en sécurité les applications certifiées et guiderait l'usager dans ses propres choix.

La Cnil relevait en 2014 que seules 25 % des applications mobiles fournissait une information de bonne qualité sur l'utilisation des données personnelles. Faut-il s'en inquiéter ?

G. M. Non, le futur règlement européen renforce encore une protection des données personnelles déjà forte. De plus, je doute de la réalité d'un marché sur ces données aujourd'hui. Le nombre de personnes en surpoids ou ayant de l'hypertension artérielle est connu. Qui voudrait acheter ces informations ?

J. L. Oui. Si l'utilisation des données de santé à caractère personnel est très encadrée en France, ce n'est pas le cas pour le secteur du bien-être. Or certaines applis relèvent de l'un ou l'autre, selon l'usage. Aujourd'hui, la plupart des applis sont gratuites. Comment l'éditeur rentre-t-il dans ses fonds si ce n'est par un usage marchand des données collectées ?

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