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Accords de Paris : « Trump mise sur les technologies d'hier ! » Benoit Leguet, I4CE

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Par publié le à 17h20

Accords de Paris : « Trump mise sur les technologies d'hier ! » Benoit Leguet, I4CE

« En se retirant de l'Accord, Trump mise sur les technologies d'hier. » Benoit Leguet, directeur général de I4ce (Institute for climate economics).

Jeudi 1er juin, le président Donald Trump a annoncé que les Etats-Unis sortaient de l’Accord de Paris sur le climat. Cette décision n’est pas une surprise : depuis le début de son mandat, les Etats-Unis ont déjà abandonné le Clean Power Plan mis en place par Barack Obama et ont procédé à une diminution drastique du budget de l’Agence de protection de l’environnement (APE). Pour Benoit Leguet, directeur général du think-tank I4ce (Institute for climate economics), la décision de Trump, que ce dernier justifie par sa volonté de protéger les américains, pour légitime qu’elle soit (c’est une promesse de campagne), n’est pas pertinente. Le charbon est mort et le dynamisme économique inexorablement du côté des renouvelables.

Industrie &Technologies : Quelles sont les conséquences de l’annonce de Donald Trump sur la politique des Etats-Unis ? 

Aucune. Ce n’est pas l’Accord de Paris qui dicte la politique américaine, c’est la politique américaine qui dicte l’Accord de Paris. L’Accord de Paris est un processus au cours duquel on s’est mis d’accord sur les objectifs à atteindre. Mais chaque état s’engage volontairement sur ses propres objectifs. Et on demande aux états de faire un reporting pour dire où en sont leurs engagements. Le discours de Trump est incohérent, car il a présenté l’Accord de Paris comme quelque chose d’imposé, alors que l’architecture de l’Accord de Paris est cohérent avec la vision américaine : on va faire ce qu’on peut, mais si on n'y arrive pas, tant pis. C’est pour inclure les Etats-Unis dans l’Accord qu’il a été conçu de cette façon.

I&T : Donald Trump affirme vouloir renégocier l’Accord de Paris. Pourrait-il y parvenir sur quelques points ?

Il n’y a rien à renégocier ! L’Accord de Paris est un cadre dont il n’est pas besoin de sortir si on ne veut pas faire ce qui était engagé. Il suffit de dire : voici mes nouvelles contributions volontaires. Si Trump a une vision énergétique incompatible avec les engagements d’Obama, il aurait pu simplement dire : j’en prends d’autres, sans annuler l’Accord. Un certain nombre d’états ont d’ailleurs fait une contribution indigente, a minima. La seule obligation c’est celle de reporting : le review par les pairs. En s’extrayant du processus onusien, Trump dit « Le reste du monde n’a rien à nous dire, on refuse la transparence. »  Mais à chaque réunion onusienne à laquelle il participera, la question reviendra. Trump vient surtout de se tirer une balle dans le pied. En disant : « On n'a pas besoin de vous », la réponse en face est évidente : « On n'a pas besoin des Etats-Unis ».

I&T : Le retrait de l’Accord de Paris ne signifie-t-il pas toutefois une coupure de financements ?

L’Accord prévoit 100 Milliards par an pour les pays du Sud. Si les Etats-Unis ne le font pas, les autres pays du Nord vont effectivement devoir contribuer un peu plus. On savait cela dès l’élection de Trump. Et puis, on ne fait rien avec 100 Milliards. L’enjeu c’est de faire basculer les investissements vers le vert, en faisant basculer chaque annee 5000 Milliards d'investissement qui partent vers l'économie carbonée. La politique de Trump aura un impact important sur la recherche publique. L’effort de recherche américain est une composante très importante de la recherche mondiale. Ce sont des scientifiques pointus qui représentent plus d’un cinquième des scientifiques du GIEC !

I&T : Quelle vision énergétique de Donald Trump ces décisions traduisent-elles ?

C’est dur d’y voir clair. Je comprends qu’il veut rendre indépendant les Etats-Unis et sauvegarder des emplois. Il veut ressusciter le charbon et en même temps soutenir le gaz de schiste. Je pense qu’il va avoir du mal à faire les deux, sauf à subventionner le charbon. Mais le changement climatique ne fait absolument pas partie de ses horizons, il s’en moque.  

I&T : La politique de Trump peut-elle avoir un impact sur le développement des énergies renouvelables ?

Si on regarde les chiffres de l’emploi aux Etats-Unis, l’extraction du charbon repose sur 50 000 emplois. La production d’électricité à partir du charbon repose sur 100 000 emplois et le secteur de l’Oil and Gaz sur environ 185 000. Ça fait 300 000 en tout. Le solaire emploie 350 000 personnes et les énergies renouvelables plus de 700 000 emplois en tout ! C’est un secteur qui croit de 25 % par an et qui continuera d’être soutenu par les états fédéraux. Du côté du photovoltaïque, on voit les courbes de coût et de compétitivité augmenter au même rythme que les technologies de l’information. Le charbon des Apalaches, lui, est mort économiquement. Trump se trompe lorsqu'il dit que le futur est du côté des fossiles du point de vue de l’emploi. Je vois mal la Californie, la 6ème économie du monde, dévier de sa feuille de route, ambitieuse dans l’hydrogène ou les énergies renouvelables. Tous les états de l’est sont volontaires concernant les ENR. Les états ruraux qui ont voté républicain ont eux aussi beaucoup de photovoltaïque et d’éolien. New York et Los Angeles ont aussi des politiques ambitieuses.

I&T : Et son impact sur les entreprises ?

Si des entreprises américaines ont participé aux accords pour ne pas faire la politique de la chaise vide, beaucoup d’autres ont aussi compris que le vent souffle vers la transition énergétique et que l’avenir économique est du côté des renouvelables. A partir du moment où les entreprises sont convaincues que la transition est inéluctable, c’est une question de calendrier. Un certain nombre de pétroliers se posent la question : ils savent que le pétrole sera fini d’ici deux décennies et qu’il faut anticiper. Des investisseurs et actionnaires commencent à faire passer des résolutions dans des assembles générales pour prendre en compte les risques du réchauffement climatique. C’est le cas d’Exxon où l’on a voté pour obliger l'entreprise a faire preuve de transparence sur les impacts du climat et de la transition energetique sur son modèle économique. Du coté des fournisseurs d’énergie, c’est le même discours. Les entreprises savent qu’il y a des marchés à conquérir du point de vue des nouvelles technologies au service des énergies renouvelables.

I&T : Donald Trump peut-il entrainer d’autres pays derrière lui ?

L’annonce de Trump va plutôt les motiver à faire plus de choses !  En Europe, l’axe Allemagne- France- Italie est un axe assez fort pour entrainer les 27. Les Chinois n’ont pas besoin des Américains. Ils ont prévu un plan dont ils ne devraient pas s’écarter : ils vont mettre le paquet sur la réduction de la pollution locale et l’arrêt du pétrole. Pour eux, l’enjeu est sanitaire, mais ils misent aussi sur les technologies de demain. Trump, lui, mise sur les technologies d’hier. Il y a une maxime que j’aime beaucoup, du ministre saoudien de l’énergie : « l’âge de pierre ne s'est pas terminé par manque de pierres. L'âge du pétrole ne s'achèvera pas avec le manque de pétrole. »  Pour lui, le futur de l’énergie, c’est le solaire.

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Commentaires

3 réactions

Pétrolier
Le 07/06/2017 à 10h22
"Un certain nombre de pétroliers se posent la question : ils savent que le pétrole sera fini d’ici deux décennies et qu’il faut anticiper." Deux décennies ? Vous êtes sérieux?

Alain MOCCHETTI
Le 25/06/2017 à 00h31
SI LES USA APPLIQUENT LES ACCORDS DE PARIS DANS LES 30 PROCHAINES ANNEES Durant la COP 21 qui s’est tenue à Paris, les USA se sont engagés sur une période de 30 années à fermer puis à démanteler ses Centrales Electriques fonctionnant au charbon et au fuel. Ceux-ci fournissent 80% de l’électricité dont les USA ont besoin. Les 20% restant sont générés par 100 Réacteurs Nucléaire de seconde génération d’une puissance d’environ 1000 MEGAWATTS chacun. Ces 100 Réacteurs ont engendré ces 50 dernières années environ 40.000 tonnes d’EC (Elément Combustible) usés entreposés sur tout le territoire des USA dans des piscines en vue de refroidir les EC. Plus de 400 Réacteurs Nucléaires de Seconde Génération ou 250 EPR fournissant pour chacun d’eux 1600 Mégawatts d’électricité vont être construits dans les 30 années à venir pour tenir les engagements de la COP 21, alors que les Réacteurs de Seconde Génération fournissent pour chacun d’eux 1000 Mégawatts. Les USA vont devoir construire 6 Usines de Recyclages des EC usés du type UP3 800 La Hague, une usine pour retraiter les 40.000 d’EC déjà en piscine dans les 50 années à venir et 5 pour retraiter les déchets à venir issus des 500 Réacteurs pour les 50 prochaines années. Nous verrons dans un pavé de texte spécifique à la CHINE que cette dernière va devoir construire des centaines d’EPR ainsi que des nombreuses Usines du type UP3 La Hague. AREVA a le savoir faire pour bâtir les EPR et les Usines de Recyclage des EC usés, il est à parier que les USA vont acheter à AREVA la Recherche et la Technologie, c’est-à-dire le Savoir Faire pour les Usines de Recyclage et éventuellement les EPR. Ce sera le Contrat du Siècle pour AREVA et ses 80.000 techniciens et Ingénieurs. ET si la AREVA vendait aux USA le savoir faire (recherche + développement) de la future Usine de Stockage Des Déchets Nucléaires à BURE dans la Meuse qui sera construite à partir de 2025. Suite dans une prochaine rubrique SI LES USA APPLIQUENT LES ACCORDS DE PARIS DANS LES 30 PROCHAINES ANNEES. Alain Mocchetti Ingénieur en Construction Mécanique & en Automatismes Diplômé Bac +5 Universitaire (1985) UFR Sciences de Mets alainmocchetti@sfr.fr alainmocchetti@gmail.com @AlainMocchetti

Alain MOCCHETTI
Le 25/06/2017 à 00h33
QU'EN EST IL DE LA CHINE SI ELLE APPLIQUE LES ACCORDS DE LA COP 21 ? Avec ses 1.400.000.000 habitants, la Chine sera dans 30 ans le pays le plus nucléarisé du monde, il sera talonné de près par l’Inde, car les 30 ans sont la durée que la Chine se donne pour fermer et démanteler ses Centrales Electriques fonctionnant au charbon et les remplacera par des Réacteurs Nucléaires de 3ème Génération, soient des EPR européens, soient des AP1000 américains et des WER russes, soit un amalgame de ces derniers. Bilan énergétique pour la production de l’électricité dont la Chine a besoin : - 77% est produite à partir du Charbon qui génère une quantité phénoménale de CO2 dans l’atmosphère, - 23% est produite grâce aux Energies Renouvelables. Durant la fermeture progressive dans les 30 prochaines années des Centrales Electriques à Charbon, des centaines de Réacteurs Nucléaires de 3ème Génération seront construits, il se peut que leur nombre soit très supérieure à 500, pour rappel 500 Réacteurs étant nécessaires à l’horizon 2050 pour la fabrication de l’électricité dont les USA auront besoin. La Chine a procédé à un Transfert de Recherche et de Technologie pour l’EPR européen mais aussi pour l’AP100 et le WER. Dans l’immédiat, je ne suis pas en mesure d’évaluer la quantité d’électricité issue des Centrales à charbon. Soit QE le nombre de Mégawatts que la Chine consomme grâce au Charbon, il suffit de diviser QE par 1600 pour connaître le nombre d’EPR à construire. QE/1600 = A avec A voisin de 500 à 600. La Chine possède actuellement 23 Réacteurs Nucléaires en exploitation et 35 sont en cours de construction, mais ce n’est que le début, car la Chine va devoir relever un énorme défi en portant le nombre de Réacteurs à 500 environ, Suite dans une prochaine rubrique QU'EN EST IL DE LA CHINE SI ELLE APPLIQUE LES ACCORDS DE LA COP 21 ? Pour recycler les EC usés, il faudra plus de 6 complexes nucléaires du type UP3 800 La Hague et il faudra se résigner à stocker les déchets nucléaires dans le sous sol avec des usines du type BURE. Alain Mocchetti Ingénieur en Construction Mécanique & en Automatismes Diplômé Bac + 5 Universitaire (1985) UFR Sciences de Metz alainmocchetti@sfr.fr alainmocchetti@gmail.com @AlainMocchetti

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