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Le PLM est-il de droite ou de gauche ?

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Par publié le à 18h09

Denis Debaecker, associé du cabinet Vinci Consulting

Denis Debaecker, associé du cabinet Vinci Consulting

A quelques jours du premier tour des élections présidentielles Denis Debaecker, associé du cabinet Vinci Consulting, nous dresse sous ce titre en forme de clin d'oeil un portrait croisé entre le fonctionnement du cerveau et les besoins du PLM, par rapport au clivage droite/gauche. Et les candidats nous donnent même les principaux conseils pour mettre en place un PLM efficace !

A la suite de travaux sur la localisation dans le cerveau de fonctions distinctes, depuis les travaux du neurologue Roger W. Sperry, prix Nobel de médecine 1981, et de médecins ou chercheurs comme Lucien Israel, l’asymétrie cérébrale a été mise en évidence, montrant des rôles dominants particuliers dévolus à certaines zones de notre cerveau.

Un axe de réflexion marquant qui en émerge est l’idée qu’il y aurait une localisation non symétrique, de deux principaux modes de pensée, le verbal et le non verbal. Le siège de l’activité cérébrale liée au mode verbal étant l’hémisphère gauche, et pour le non verbal, l’hémisphère droit. Pour poursuivre plus loin dans une simplification qu’un neurologue trouverait réductrice :
 

  • le cerveau gauche pilote plutôt le procédurier, le ligne à ligne, la représentation structurée ;
  • le cerveau droit pilote plutôt la représentation imagée, les liens dans plusieurs dimensions, les schémas…


Le cerveau gauche est ainsi réputé séquentiel, analytique, logique. Il est le siège, non unique, mais principal du langage. Il construit la complexité pas à pas à partir du détail.

Le cerveau droit serait quant à lui intuitif, analogique, empirique. Il est le siège, non unique, mais principal de la représentation et du traitement de l’image. Il appréhende directement, globalement la complexité et itère à partir des expériences, des analogies et des erreurs, il s’apparente à la ‘‘logique floue’’.

La spatialisation n’est pas absolue et dépend de l’âge, de la langue, du degré d’alphabétisation, etc. Cependant, cette localisation des fonctions met en évidence une distinction et une complémentarité des formes d’intelligences raisonnée et intuitive.

Cette distinction est reprise en ‘‘psychologie cognitive’’. Ainsi, à partir des travaux de Jean Piaget et Herbert Simon, Daniel Durand a distingué ces modes de raisonnement (cf. Que sais-je? sur la systémique) :
 

  • Rigoureux : généralise par induction, et précis par déduction ;
  • Flou : généralise par analogie, et précis par ‘‘abduction’’, c'est-à-dire en supprimant les solutions improbables.


Autour de nous, il est fréquent de rencontrer des personnes plutôt ‘‘cerveau gauche’’, encline à structurer, faire des raisonnements déductifs, faire des présentations avec des transparents pleins de ‘‘bullet points’’, et des personnes plutôt ‘‘cerveau droit’’, intuitives, qui axent leurs présentations sur des schémas, des images.

Et le PLM dans tout ça ?

Le produit qui est géré au cœur du PLM fait appel à plusieurs types de représentations :

* Les descriptions globales ou détaillées :
 

  • La CAO, qui est l’image du produit, avec une vision globale du produit (un ‘‘layout’’ pour un produit complexe comme une usine par exemple) ; La maquette numérique qui assemble les différentes parties du produit ;
  • Les maillages / résultats de simulation ;
  • Les documents d’entrée : spécifications ; plans ; documents d’exigences clients…


* Les descriptions structurées :
 

  • Nomenclatures ;
  • Arborescences produit (as specified ; as designed ; as built ; as maintained…) ;
  • Effectivités ;
  • Options et variantes ;
  • Rapports qui listent des informations triées et structurées.


Un produit n’est bien décrit que s’il intègre harmonieusement les représentations 2D, 3D, de simulation, documentaires avec la structure produit. Il est ainsi nécessaire de pouvoir disposer à la fois d’une vue globale d’un équipement (son encombrement, ses interfaces, son poids et moment d’inertie…), afin de travailler en ingénierie concourante, et lorsqu’il faut rentrer dans le détail, approvisionner / produire, il faut la liste exacte des constituants, de leurs codes / repères…

De même, il faut pouvoir donner pour une revue de conception une vue globale d’un sous système (son degré global de maturité), les plans d’ensemble, layout, mais aussi de pouvoir entrer dans le détail autant que de besoin. Là, on sort du ‘‘flou’’ pour atteindre la rigueur.

Et le chef de projet : doit-il être de droite ou de gauche ?

Une bonne gestion de projet PLM implique d’avoir une vision globale (vocabulaire cerveau droit), une planification rigoureuse (vocabulaire cerveau gauche), mais il serait abusif de voir dans le visionnaire quelqu’un qui ne sait pas compter, ou dans le gestionnaire quelqu’un qui ne sait pas se projeter. Idéalement, le chef de projet PLM doit avoir une vision claire du cap qu’il suit (alignée avec la stratégie métier), une appréhension fine de là où il se trouve (lotissement, précision du besoin, niveau d’achèvement, rebouclage solution besoin), et suivre de manière agile le déroulé de son projet…

Une caractéristique clé du PLM est de concilier la rigueur dans l’incertain. Il faut donc pour cela faire appel à toutes nos facultés, et conjuguer vision globale et précision dans les détails, capacité d’aller de l’avant et maitrise de la qualité…

Et la politique dans tout ça ?

Un premier constat est que la nature nous a doté de 2 hémisphères, gauche et droite (ni extrêmes, ni centre si l’on ne compte pas le cerveau reptilien…). Si le PLM ne figure pas dans les programmes de nos candidats, nous avons pu néanmoins obtenir le 1er avril dernier les positions de plusieurs d’entre eux sur leur vision du PLM :

Nathalie A. : « Il faut exproprier toutes les directeurs de projets et sponsors et donner les comités de pilotage aux utilisateurs ».

Marine L. : « Il faut des instances cloisonnées par pays. Les administrateurs devront prendre leur retraite à 60 ans ».

François H. : « Les descriptions produit trop riches seront taxées à 75 % et expurgées ».

Nicolas S. : « Il faut baisser les charges projet. Il y aura un compte individuel de formation PLM. Les heures supplémentaires passées à gérer les configurations seront exonérées ».

François B. : « Le PLM n’est ni de droite, ni de gauche bien au contraire ».

Jean-Luc M. : « Le PLM c’est la révolution ! Il le faut pour tous tout de suite ! Le chef de projet doit être costaud… pas un capitaine de pédalo ! »

Eva J : « Le PLM doit être restreint aux produits sans plomb, sans nucléaire, et tourner sur des serveurs alimentés uniquement à l’énergie éolienne ».

Nicolas D-A. : « L’état ne subventionnera que des produits français conçus en France avec des PLM développés à Vélizy. Pas un franc de subvention pour les autres ».

Philippe P. : « Une structure autogérée de travailleurs et de travailleuses veillera à lutter contre les licences abusives (qui seront intégralement reversées aux syndicats de travailleurs) et les workflows de validation ne seront plus accessibles aux managers, mais aux seuls projeteurs et concepteurs ».

Jacques C. : « Le PLM étayera notre stratégie spatiale et permettra de définir les vaisseaux à destination de la lune et de mars. Il participera ainsi à notre nouvelle identité héliosystémique et galactique ».


Denis Debaecker
Associé, Vinci Consulting,

Pour en savoir plus : http://www.vinci-consulting.com/

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