« L'intelligence artificielle nous fait changer de civilisation »

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Publié le à 14h07

« L'intelligence artificielle nous fait changer de civilisation »

Un réseau de neurones développé par les chercheurs de Google a appris à créer des images à partir de motifs précis. Le réseau de neurones génère ainsi lui-même des images à partir de bruit d’image.

Mardi 15 mars 2016, la machine a eu le dernier mot. AlphaGo, le programme d'intelligence artificielle de Google, a détrôné le sud-coréen Lee Se-Dol, champion du monde du jeu de Go, en remportant 4 matchs sur 5. Si certains analystes minimisent les impacts de cette victoire, Laurent Alexandre, chirurgien et technophile assumé, président de NBIC Finance, qui s'intéresse de très près aux thématiques liées à une possible convergence homme-machine, les estime au contraire vertigineux. Point de vue.

L’intelligence artificielle (IA) n’est plus un sujet de science-fiction. Elle est désormais une simple question de calendrier : les progrès en Deep Learning, Machine Learning et réseaux de neurones, rendent probable l’émergence d’une IA supérieure à l’intelligence humaine dans les prochaines décennies. GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) ainsi qu’IBM et Microsoft y investissent massivement. Google est le plus avancé : selon Ray Kurzweil, son ingénieur en chef, une IA dite "forte" dotée d’une conscience et un milliard de fois plus puissante que la réunion de tous les cerveaux humains devrait écraser l’intelligence humaine dès 2045.

L’IA faible, elle, vise à construire des systèmes autonomes, des algorithmes capables de résoudre des problèmes techniques en simulant l’intelligence. Nous ne sommes pas certains de disposer d’une IA forte d’ici à 2050, mais l’IA faible est déjà capable de réaliser beaucoup de tâches humaines mieux que des cerveaux biologiques.

Le jeu de Go n’est qu’une plate-forme d’essai

« Nous ferons des machines qui raisonnent, pensent, et font les choses mieux que nous le pouvons », avait estimé Sergey Brin en 2014. Cette prophétie du cofondateur de Google va devenir une réalité. En mars 2016, la victoire d’AlphaGo sur le sud-coréen Lee Sedol, meilleur joueur mondial de Go, marque une nouvelle étape dans l’histoire de l’Intelligence Artificielle (IA).Certes, le génial Lee Sedol a sauvé l’honneur en remportant la quatrième manche contre AlphaGo, mais dans quelques mois il perdra 100 % des matchs tant l’IA progresse vite.

Le fondateur de DeepMind -filiale à 100 % de Google- reconnaît que le jeu de Go n’est qu’une plate-forme d’essai. Il a expliqué : «  Il s’agit de plates-formes sur lesquelles nous pouvons essayer d’écrire nos idées d’algorithmes et sur lesquelles nous pouvons tester à quel point elles s’améliorent et à quel point elles sont efficaces ». Le but de Google est plus messianique : « Ce que nous voulons vraiment, c’est appliquer tout cela à de grands problèmes du monde réel ». DeepMind vient d’ailleurs de rentrer dans le monde la santé avec DeepMind Health.

Le tsunami technologique va bouleverser le concept même de travail 

Les impacts socio-politiques de l’IA seront  immenses. L’IA n’est pas une révolution isolée : elle se développe parallèlement à la robotique qui fait des pas de géants. Dans Le Second Age des machines, Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee ont montré à quelle vitesse l’IA faible fusionnée avec les robots bouleverse l’économie mondiale. L’IA faible est révolutionnaire : la Google Car conduit de façon plus sûre que n’importe quel humain ; les robots chirurgicaux opéreront mieux que n’importe quel chirurgien en 2030. De plus en plus de tâches sont mieux effectuées par l’IA faible que par nous. Le nouveau robot Atlas de Boston Dynamics, filiale de Google, est stupéfiant d’agilité. Doté d’IA, Atlas sera en 2020 le meilleur ouvrier au monde, le meilleur manutentionnaire. La Google car elle-même est un robot doté d’une IA faible. Bien sur, la révolution technologique va comme toujours créer de nouveaux métiers à fort contenu technologique. Mais est-on certain que les manutentionnaires ou chauffeurs livreurs vont pouvoir devenir informaticiens ou physiciens nucléaires grâce à un stage qualifiant de six semaines ?

La réflexion politique sur ces sujets est indigente alors que nous sommes au début d’un changement de civilisation. L’école, la politique, les entreprises ne sont pas prêtes. Le sujet ne sera pas abordé lors de la présidentielle de 2017. Les manifestants contre la loi El Khomri ne réalisent pas à quel point le débat actuel est dérisoire. Le tsunami technologique va bouleverser le concept même de travail : nous ne vivons pas une révolution schumpétérienne, nous subissons un changement de civilisation.

Par Laurent Alexandre (@dr_l_alexandre),

Chirurgien spécialiste des NBIC, fondateur de Doctissimo et président de NBIC finance. 

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