DevOps ou comment réussir sa transformation numérique

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Publié le à 08h00

DevOps ou comment réussir sa transformation numérique

L’étymologie de DevOps prend son origine dans la contraction des mots « Développement » et « Opérations » qui vise à rapprocher développeurs et équipes de production.

Gagner en agilité. Cette expression est désormais dans la bouche de tous les chefs d'entreprise qui souhaitent rendre leur structure plus agile afin de répondre au mieux aux attentes des clients. L'approche dite "DevOps", qui consiste à rapprocher les équipes de développeurs et les équipes opérationnelles, est l'une des briques qui permet d'atteindre ce fameux Graal. Mais la mise en oeuvre réussite d'une initiative DevOps nécessite de réunir un certain nombre d'outils et de bonnes pratiques. Yann Guernion, de l'entreprise Automic, fait le point sur ces enjeux dans cette tribune.

S’il faut le rappeler, l’étymologie de DevOps prend son origine dans la contraction des mots "Développement" et "Opérations" qui vise à rapprocher développeurs et équipes de production dans une démarche plus agile, s’appuyant sur des processus plus fluides. Le principe DevOps a été présenté pour la première fois par le belge Patrick Debois, lors d’une conférence en octobre 2009. Administrateur système et consultant, l’homme s’était interrogé sur une démarche agile après avoir réalisé une mission de migration de données pour le Gouvernement belge durant laquelle les relations entre développeurs et administrateurs système s’étaient révélées complexes. Dans un contexte de grandes mutations économiques centrées sur le numérique, les directions informatiques mettent désormais leurs espoirs dans le DevOps pour tenir la cadence de livraison des nouveaux projets telle qu’attendue par les directions métiers.

La transformation numérique est là, et elle n’attend pas. Pour bien s’en rendre compte, il faut réaliser que le leader mondial des taxis ne possède pas de voitures (Uber), que la banque en plus forte croissance n’a pas d’argent (SocietyOne) et que le plus grand diffuseur de films au monde n’a pas de salles de cinéma (Netflix). Un nouveau type de concurrence est en train de bouleverser toutes les règles du jeu établies. Aussi, quel que soit le domaine d’industries ou de services, les entreprises n’ont d’autre choix que de se moderniser pour tenter d’échapper au syndrome de « l’Uberisation ».

De nombreuses directions informatiques s’attachent donc à repenser leurs modèles de fonctionnement pour devenir plus rapides, plus flexibles et améliorer leur sacro-saint « Time to Market ». Selon une enquête IDC pour Automic de décembre 2015, ce sont près de 50% des entreprises françaises interrogées qui ont lancé, ou vont lancer une initiative DevOps. Et plus de 70% d’entre elles sont principalement motivées par les enjeux de la transformation numérique auxquels elles font face.

Pour autant, si le DevOps peut être considéré comme le moteur du succès chez nombre de nouveaux acteurs, sa généralisation, dans l’optique de « l’entreprise agile », reste encore un véritable challenge pour la plupart des organisations traditionnelles. Ces dernières sont, en effet, confrontées à un problème d’informatique à deux vitesses pour lequel elles doivent revoir les fondements de leurs outillages, de leurs méthodes et faire évoluer les états d’esprit. C’est donc tout un nouvel écosystème qui se construit en périphérie de DevOps, notamment autour de l’automatisation et du conseil en organisation. Gartner prévoit d’ailleurs des volumes de marché supérieurs à 2,5 milliards de dollars sur ce segment d’activité actuellement très prisé par les capitaux-risqueurs.

L’automatisation au cœur des initiatives DevOps

Les applications sont devenues la composante essentielle de l’innovation et de la compétitivité des entreprises. Les équipes informatiques doivent donc délivrer en continu de nouvelles fonctionnalités répondant aux besoins des métiers, sans dégrader les niveaux de service, ni mettre en danger la sécurité et l’intégrité des systèmes.

Une étude IDC réalisée en avril 2015, montrait déjà que pour 60% d’entreprises américaines (Fortune 100), l’automatisation est la première étape d’une démarche DevOps. L’enquête IDC pour Automic confirme que c’est également le cas en France. En outre, elle met en lumière que les entreprises ne souhaitent pas remplacer leur patrimoine applicatif pour implémenter DevOps, mais au contraire, pour 69% d’entre elles, l’exploiter pour optimiser leur processus. Et ce sont 48% des entreprises, ayant déjà lancé leur initiative DevOps, qui se sont tournées vers des solutions d’automatisation.

Le développement agile, désormais largement adopté, est généralement accompagné d’un niveau d’automatisation suffisant pour permettre l’intégration continue – notamment avec des outils tels que Jenkins. Pourtant le succès d’une initiative DevOps requiert des niveaux d’automatisation encore plus poussés autorisant le test continu et le déploiement continu pour atteindre réellement le graal de DevOps consistant en la livraison continue des applications.

Netflix, Amazon... et Singapore Power adeptes du DevOps

Des entreprises telles que Netflix ou Amazon, locomotives de DevOps, ont construit leurs activités, et une bonne partie de leur succès sur une automatisation systématique de leurs processus. Chez Netflix, le déploiement est totalement automatisé, depuis le packaging du nouveau code jusqu’à la mise en production, en passant par le provisionnement de l’infrastructure virtuelle et les tests fonctionnels. Une nouvelle version d’application sera promue automatiquement dans une nouvelle infrastructure virtuelle et mise en service en lui redirigeant un sous-ensemble du trafic utilisateur. Après une phase de monitoring automatisé, si le comportement s’avère satisfaisant, la totalité du trafic est redirigée et l’ancienne instance de l’application et son infrastructure sont automatiquement décommissionées.

L’automatisation de la chaîne de livraison applicative, n’est néanmoins pas réservée aux entreprises partant de zéro ou faisant table rase de leurs investissements antérieurs. C’est le cas notamment de Singapore Powerqui est l’un des plus grands fournisseurs d’électricité et de gaz en Asie Pacifique. Leurs applications sous SAP étant critiques, le déploiement manuel de chaque nouvelle fonctionnalité constitue un risque considérable pour la société, risque constituant un frein au potentiel d’innovation. Le fournisseur d’énergie décide donc de standardiser et de sécuriser son processus de déploiement applicatif en automatisant l’ensemble des étapes. Ceci lui permet de supprimer les erreurs de coordination et d’accélérer le processus de livraison de plus de 90%, tout en réduisant le niveau de stress des équipes. L’entreprise obtient également un bénéfice indirect, grâce à un processus de déploiement désormais parfaitement auditable, renforçant la conformité de ses opérations informatiques aux réglementations en usage dans le secteur de l’énergie.

Bien qu’essentielle, l’automatisation des processus ne peut assurer à elle seule le succès d’une initiative DevOps. Ce genre de transformation se confronte immanquablement au décalage qui subsiste entre les équipes de développement et les équipes d’exploitation. Il s’agit d’une difficulté parfaitement illustrée par certaines différences fondamentales entre la culture agile et la boucle d’amélioration continue prônée par ITIL.

Quel cadre pour mettre en place DevOps ?

DevOps est une philosophie basée sur le partage, la collaboration, la mesure et l’automatisation. Adopter une nouvelle culture impose une transition coordonnée. La technologie, l’organisation et l’environnement de travail constituent un contexte dans lequel DevOps devra s’intégrer en évitant de perturber les services existants et les applications en place. DevOps c’est également un nouvel état d’esprit. Aussi, il est normal de constater des freins organisationnels et culturels. Comme pour toute évolution profonde, l’implémentation d’une approche DevOps nécessitera un plan d’accompagnement du changement.

Pour cela il est primordial d’avoir l’appui du management et de constituer des équipes dédiées. Les résultats de l’enquête IDC pour Automic, montrent que c’est le cas pour les deux tiers des entreprises engagées dans une initiative DevOps. En effet, nouvelle façon de travailler, évolution des compétences et nouveaux outils peuvent freiner son adoption. Pour éviter cet écueil, il est recommandé d’impliquer la direction générale car elle est la seule à disposer de la légitimité nécessaire pour fédérer l’ensemble des participants autour d’un tel projet.

En outre, il convient d’intégrer les parties prenantes au projet applicatif telles que les équipes en charge des tests, celles en charge de la sécurité informatique, ou encore les personnes qui s'occupent des déploiements applicatifs. L’étude IDC révèle que 71% des entreprises ayant initié une démarche DevOps reconnaissent l’impact positif d’une telle collaboration entre les équipes IT opérationnelles.

Enfin, il reste nécessaire d’impliquer les directions métiers, et dans cet objectif de mettre en place un référentiel d’indicateurs de performance partagés comme le TRS par exemple. L’établissement d’une communication transparente vis-à-vis des métiers est en effet un facteur de succès pour 43% des entreprises en phase opérationnelle.

Pour conclure... automatisation, cadence, traçabilité, vitesse, rendement. DevOps et la transformation numérique risquent de résonner fortement aux oreilles des professionnels de l’industrie. Comme l’a fort bien illustré Gene Kim dans ‘The Phoenix Project’, après trois révolutions, l’industrie a encore probablement beaucoup à apprendre à l’IT.

Yann Guernion, product marketing director d'Automic, éditeur d'applications d'automatisation. 

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